Rafsandjani écarté

L’ayatollah Ali Akbar Hachemi Rafsandjani n’en sera pas. Lui qui portait les espoirs de réforme de la jeunesse et des classes moyennes à l’élection présidentielle du 14 juin, vient d’en être écarté par la volonté du Guide suprême, Ali Khamenei. Celui-ci contrôle le Conseil des gardiens de la Constitution,  qui présélectionne les candidats à l’élection présidentielle. Le Conseil des gardiens a écarté la candidature de cette personnalité majeure de la vie politique iranienne qu’est l’ayatollah Rafsandjani, en invoquant son grand âge (78 ans) et sa position de président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, instance d’arbitrage entre le Parlement, le Conseil des gardiens et l’Assemblée des experts (celle-ci élit, contrôle et peut révoquer le Guide suprême) : ces deux motifs sont fallacieux.
En réalité, il s’agissait d’écarter le seul candidat aux velléités réformatrices capable de remporter l’élection. Cinq des huit candidats retenus par le Conseil des gardiens sont des conservateurs, les trois autres sont plus modérés. Mais ces derniers sont des personnalités de moindre envergure, qui ne pourront guère mettre en danger les conservateurs, d’autant que cette élection sera truquée comme le fut celle de 2009.
Khamenei prépare le remplacement d’Ahmadinejad, qui termine son second et dernier mandat, par l’un de ses affidés, par exemple le négociateur en chef du dossier nucléaire, Saïd Jalili, qui joua un rôle central dans la répression du Mouvement vert en 2009. Cela prouve la volonté du Guide suprême de ne pas engager le régime sur la voie du réformisme et du renoncement aux programmes atomique et balistique. Aussi ne faut-il pas s’attendre à ce que les négociations sur le nucléaire iranien conduites par le Groupe 5+1 (les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sortent de l’impasse. Conséquence : un bombardement israélo-américain de l’Iran, à plus ou moins brève échéance. Son exécution serait compliquée par l’éventuel maintien au pouvoir de Bachar el-Assad, l’allié syrien alaouite de l’Iran. D’autant que la Russie vient d’annoncer la prochaine livraison de systèmes antiaériens S-300 à la Syrie, qui rendra beaucoup plus dangereux le survol de son espace aérien par les aviations militaires occidentales.

Vers le bombardement de l’Iran

Certains espèrent un réveil du Mouvement vert de 2009 : des foules immenses avaient manifesté plusieurs mois durant pour dénoncer la réélection truquée d’Ahmadinejad. Mais la répression fut si atroce que les chances de voir un soulèvement de cette ampleur se reproduire en juin sont minces. Certes de vives tensions internes dues aux conséquences économiques de l’embargo affaiblissent le régime. Mais Khamenei conserve la haute main sur les forces de sécurité (les Gardiens de la révolution, la milice islamique du Bassidj, les services de renseignement). La théocratie s’assure de leur fidélité en leur octroyant des privilèges économiques et financiers. Le décès de Khamenei pourrait déstabiliser le régime, mais sa santé semble robuste. Contre vents et marées, il maintient le cap : préserver le régime théocratique et poursuivre les programmes nucléaire et balistique.

Hors contrôle et proche de son paroxysme, la crise économique dope les extrémismes et catalyse la Troisième Guerre mondiale comme la crise de 1929 le fit de la précédente. Déjà, les orages de la guerre tonnent du Sahel à la mer de Chine en passant par les Proche et Moyen Orients.

La guerre civile syrienne contamine les pays voisins. Tout près d’avoir l’arme atomique malgré l’embargo économique, l’Iran va au devant d’un bombardement israélo-américain. Il est l’épicentre d’un affrontement entre le chiisme, appuyé par la Russie et la Chine, et le sunnisme adossé aux pétromonarchies du Golfe, à la Turquie, à l’Occident. L’hégémonisme régional iranien y sombrera.

Aujourd’hui, le sunnisme fait cause commune avec l’Occident contre "l’arc chiite". Demain il se retournera ouvertement contre son grand allié sous l’impulsion de l’intégrisme religieux financé par les pétromonarchies du Golfe, qui aura accaparé les appareils d’Etat par les urnes ou la terreur. Le djihad sunnite se déploie déjà en Afrique, devenue une base arrière.

Le conflit islam-Occident happera le reste du monde. Une guerre indo-pakistanaise enflammera l’Asie. L’Occident et ses alliés, le Japon et l’Inde, affronteront la Chine et l’islam. La Russie pourrait quitter le camp antioccidental pour bâtir une forteresse continentale avec l’Europe. C’est un enjeu vital pour celle-ci, qui brade ses budgets militaires alors que les forces américaines s’éloignent vers le Pacifique.

Un terrorisme à fort pouvoir destructeur adossé aux appareils d’Etat et l’emploi d’armes de destruction massive caractériseront la Troisième Guerre mondiale.

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Beaucoup de liquidités, peu de croissance

Les gouvernements européens comptent sur une reprise mondiale en 2014 qui remettrait leurs économies à flot. C’est le contraire qui adviendra. L’année 2013 va sonner le glas de ce qu’on nomme pompeusement la « reprise » américaine. Cela propulsera la crise économique mondiale dans sa phase aiguë. La timide embellie de l’économie américaine va prendre fin. Les États-Unis vont suivre l’Europe dans la crise.

La Fed, finalement imitée par la BCE, pratique une politique de relance par la monétisation de la dette consistant à racheter toutes sortes de créances pourries, publiques et privées. Elle acquiert la moitié des bons du Trésor américain pour soutenir leurs cours. Ces injections de liquidités par surchauffe de la « planche à billets », appelées quantitative easing (QE), traduit par « assouplissement quantitatif », ont gonflé les bulles spéculatives plutôt que de relancer l’économie réelle. Jamais tant de liquidités n’avaient produit si peu de croissance du PIB. Certes les politiques de relance budgétaire et monétaire avaient mis fin à la récession américaine au milieu de l’année 2009. Mais la reprise fut anémique, avec une croissance moyenne de 2% au cours des trois dernières années. Tout la freinait : la rareté du crédit, les coupes dans les budgets de l’État fédéral et des États fédérés, la chute des prix de l’immobilier. La consommation était faible et le chômage au-dessus de 8%.

Les États-Unis champions du surendettement

À l’été 2011, les États-Unis firent une entrée fracassante sur la scène internationale du surendettement. La majorité républicaine du Congrès s’engagea dans un bras de fer avec la Maison-Blanche au sujet du relèvement du plafond légal de la dette de l’État fédéral. En attendant un compromis entre la Maison-Blanche et le Congrès, le Trésor réduisit ses versements aux caisses de retraites des fonctionnaires. Ainsi l’État fédéral put, sans augmenter son endettement net, tenir jusqu’au 2 août, date limite fixée pour un accord. Finalement la Maison-Blanche et le Congrès trouvèrent un arrangement. Mais cette bruyante dramaturgie avait attiré l’attention du monde entier sur le surendettement des États-Unis et les dissensions de leurs élites politiques. Le géant américain n’inspirait plus confiance. L’Agence Chine nouvelle, émanation du gouvernement chinois, réclama une nouvelle monnaie de réserve mondiale, plus stable et plus sûre que le dollar, pour éviter que la défaillance d’un seul pays engendre une catastrophe mondiale. Première créancière des États-Unis, la Chine s’inquiétait de la sécurité de ses actifs en dollars et de la valeur des bons du Trésor américain. « Elle détient environ 1100 milliards de la dette du gouvernement américain. Si leur valeur baisse de 1%, elle va subir immédiatement une perte de 11 milliards de dollars », expliquait Francis Lun, directeur général de la société Lycean Holdings.
Il faut aux États-Unis presque trois dollars supplémentaires d’endettement pour générer un dollar de croissance.
Fin 2012, le déficit budgétaire américain atteignit 7% du PIB, et la dette publique le plafond légal de 16394 milliards de dollars fixé en août 2011 par le Congrès. Comparons les dettes publiques américaine et européenne avec la même définition dite de « Maastricht » qui couvre l’ensemble des administrations publiques au sens des comptes nationaux : l’État, les organismes divers d’administration centrale (ODAC), les administrations publiques locales et les administrations de sécurité sociale. La dette publique américaine atteignit 98% du PIB en décembre 2012 contre une moyenne de 91,8% du PIB en zone euro.

Falaise budgétaire

Le 31 décembre 2012, une série d’allégements fiscaux et d’exonérations provisoires de taxes destinées à soutenir les classes moyennes arrivèrent à échéance, après prolongation par le président Obama en 2010 : une « falaise fiscale » de près de 600 milliards de dollars. À la même date, la dette fédérale atteignit le plafond fixé en 2011. L’État fédéral ne peut s’endetter au-delà de la limite tracée par le Congrès sous peine d’interdiction de se financer par l’emprunt, donc de mise en cessation de paiement. Un programme d’austérité cataclysmique se serait déclenché automatiquement le 2 janvier 2013 si les démocrates partisans d’une augmentation des impôts et les républicains qui inclinaient à réduire la dépense publique n’avaient pas accordé leurs violons. Au dernier moment, d’âpres négociations aboutirent à un accord a minima, voté par le Sénat et la Chambre des représentants : le taux d’imposition passa de 35% à 39,6% pour les foyers fiscaux aux revenus supérieurs à 450000 dollars par an. C’était à mi-chemin entre le refus républicain de toute hausse fiscale et la volonté démocrate d’en instituer une à partir de 250000 dollars. Mais les deux camps retardèrent de deux mois l’essentiel : les décisions sur la réduction des dépenses de l’État fédéral. Le service de la dette et les deux grands postes de l’État-providence que sont la santé et les retraites déséquilibrent de plus en plus le budget fédéral. Quant aux dépenses militaires, elles constituent plus de 40% de celles de l’ensemble du monde.
Un nouveau « mur budgétaire » se dressera début mars. Le surendettement se sera accru, la légère réforme fiscale votée en début d’année ne modifiant pas significativement la donne. Pour éviter que l’État fédéral se retrouve en cessation de paiement, le Congrès devra se résoudre à voter une nouvelle hausse du plafond de la dette. Âprement souhaitée par les républicains, la mise en place d’un programme d’austérité semble inéluctable. Celui-ci aura un effet récessif sur l’économie. Le surendettement croissant et la récession provoqueront une hausse des taux d’intérêt que la Fed a réussi jusque-là à contenir en rachetant la moitié des bons du Trésor américain. Mais la Fed (dont le QE3 n’a agi que pendant quelques semaines) envisage de réduire fortement ses achats de dette publique américaine. En ce cas, les taux d’intérêt monteraient pour attirer les investisseurs, enclenchant une récession et une augmentation de la dette. Aucune de ces stratégies n’empêchera l’économie américaine d’entrer à nouveau en récession, dans un contexte de ralentissement international.
Le surendettement de l’État fédéral est sur la sellette. Mais d’autres bulles de dettes publiques explosent aussi : celles des États fédérés et des collectivités locales. Et des bulles de dettes privées se désintègrent également, comme celle des étudiants. L’édifice de la dette américaine s’écroule. De l’éboulis sortiront violences et émeutes. Les grandes banques ne résisteront pas au choc. "Too big to fail" ne sera plus de mise : les géants tomberont, les petits grandiront.

Thrombose monétaire

Confrontée à l’opposition du mouvement Tea Party au sein du parti républicain et, désormais, à celle de pays comme la Chine, la Fed ne peut plus s’adonner à une impression massive de dollars. Elle est à bout de munitions. L’inefficacité de ses politiques de relance monétaire se traduit par la faible « vitesse de circulation de la monnaie » ou « vélocité monétaire ». Ce concept se comprend ainsi : un client dépense de l’argent chez un commerçant ; celui-ci utilise aussitôt cet argent pour passer une nouvelle commande auprès d’un fournisseur ; ce dernier affecte tout de suite la somme reçue au paiement du salaire de son employé ; lequel court faire ses emplettes chez un autre commerçant ; et ainsi de suite. Cette chaîne d’activités forme le PIB. Aux États-Unis, la « vélocité monétaire » est à son plus bas niveau depuis 50 ans et elle continue à descendre rapidement. Au lieu d’irriguer l’économie réelle, les masses de dollars crées par la Fed sont en grande partie immobilisées dans les réserves des banques en une sorte de thrombose monétaire. C’est pourquoi les fleuves de dollars injectés par la Fed depuis 2008 n’ont pas généré beaucoup d’inflation.
Pour l’instant les actions font exception. Leur cours élevé est interprétée, à tord, comme un signe de bonne santé économique. En fait, les banques font des prêts à de grandes entreprises au bilan satisfaisant, qui s’en servent pour financer le rachat de leurs propres actions et en faire monter les cours.

Le pétrole et le gaz de schiste n’empêcheront pas la récession

Depuis 2000, les États-Unis ont spectaculairement accru leur extraction de gaz et de pétrole non conventionnels, dits « gaz et pétrole de schiste ». De 2000 à 2012, le gaz de schiste est passé de 2% à 37% de la production américaine de gaz naturel. Les Américains paient le gaz 50 à 70% moins cher que les Européens ou les Japonais. Les États-Unis s’approchent de l’indépendance énergétique, et avec eux le Mexique, riche de son pétrole, et le Canada, qui exploite ses sables bitumineux. Selon l’AIEA, dans trois ans, les États-Unis évinceront la Russie de sa position de premier producteur de gaz. Ils deviendront à nouveau exportateurs d’hydrocarbures, comme au début du XXe siècle. Cette révolution de l’énergie a lancé le grand retour de l’industrie aux États-Unis. Elle réduit les coûts de production de l’électricité, du carburant des usines, et des matières premières intégrées à de nombreux processus industriels. Une constellation d’industries délocalisées rejoint une mère Patrie à nouveau attrayante. Les débats écologiques de la fracturation hydrauliques des roches font rage, mais des progrès technologiques diminuant ses dégâts sur la nature sont à prévoir.
Ce bouleversement énergétique est prodigieux. Mais il ne suffira pas à enrayer la crise structurelle de l’économie américaine, ni celle des autres pays qui se lanceraient à leur tour dans l’exploitation de leurs hydrocarbures non conventionnels. Rien ne saurait enrayer une crise structurelle aussi profonde et avancée. Il aurait fallu que le gaz de schiste (comme l’austérité) arrive il y a 30 ans. Mais la révolution énergétique qu’il déclenche amortira quelque peu les effets de cette crise et, surtout, accélérera le redémarrage, une fois apurée la montagne de dettes et éradiqués les éléments vermoulus de l’économie mondiale.

Contamination aux pays émergents

La récession américaine aggravera celle de l’Europe et entraînera celle des pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), dont la croissance ralentit déjà. Fortement exportatrices, les économies « émergentes » dépendent encore très largement de la consommation occidentale. Elles ne pourront lui substituer à temps leur propre consommation pour empêcher la mondialisation de la crise.

Les artistes persécutés par les islamistes

Les artistes et auteurs tunisiens reçoivent des menaces de mort par téléphone et SMS, leurs portraits circulent sur facebook accompagnés de leur nom, de leur adresse et de la mention « dead or alive ». Leurs persécuteurs ? Des islamistes radicaux qui les accusent de « blasphème ».
Une exposition de peintures – l’édition 2012 du Printemps des arts, au palais Abdelia, à la Marsa, du 1er au 10 juin – plongea la Tunisie dans le chaos : peu avant la mi-juin, plusieurs villes furent, durant quelques jours, le théâtre de violentes émeutes fomentées par des groupes salafistes « pour défendre les valeurs du sacré ». Dévots estimant que les œuvres du Printemps des arts offensaient la religion musulmane et jeunes chômeurs avides de pillage s’y cotoyèrent dans des confrontations violentes avec les forces de l’ordre. Le gouvernement ordonna le couvre-feu. Bilan de ce chaos : un mort, plusieurs centaines de blessés, des postes de police incendiés, des bars saccagés…

Les artistes abandonnés par le pouvoir et la justice

Le gouvernement, dominé par le parti « islamo-conservateur » Ennahda qui se dit modéré, n’a pas condamné les menaces de mort adressées aux artistes. Bien au contraire, le ministre de la Culture, Mehdi Mabrouk, a rejeté la faute sur ces derniers : « L’exposition comportait beaucoup d’œuvres de mauvais goût, et artistiquement médiocres qui violent le sacré et portent atteinte à certains symboles de l’islam. Certaines appartiennent à des autodidactes qui n’ont rien à voir avec l’art plastique et véhiculent des messages politiques et idéologiques. L’art n’a pas à véhiculer une idéologie, il n’a pas à être révolutionnaire, il doit être beau. » Conformément à cette conception totalitaire de l’art, le parti Ennahdha a voté une motion interne souhaitant la criminalisation des « atteintes au sacré ».
Les violences déclenchées par l’exposition de peinture du Printemps des arts firent écho à celles provoquées par le film Persépolis. La diffusion par la chaîne de télévision Nessma de ce film franco-iranien où figure une représentation d’Allah – c’est interdit par l’islam – avait exaspéré les islamistes radicaux. Il s’en était suivi de violents affrontements entre eux et les partisans de la laïcité. Les extrémistes avaient tenté d’envahir le siège de Nessma. Le PDG de la chaîne, Nabil Karoui, avait essayé d’éteindre l’incendie en présentant publiquement ses excuses au peuple tunisien pour la diffusion de la séquence litigieuse. Malgré cette reculade, les islamistes maintinrent leur action en justice contre lui pour « atteinte au sacré ». Il a été condamné en première instance à une amende de 1200 euros. Motif : « la diffusion d’un film troublant l’ordre public et portant atteinte aux bonnes mœurs ». Comme pour l’exposition de peintures, la justice a donné tord à l’homme de l’art et non pas aux extrémistes religieux. Les tribunaux d’État s’inféodent progressivement à la charia.

Le face-à-face des deux Tunisies

Depuis que la révolution a eu raison de Ben Ali, les salafistes tunisiens multiplient les démonstrations de force pour contraindre la population à vivre selon les préceptes de la charia. C’est le prosélytisme religieux par la terreur. Ainsi, en mai dernier, les bars de Sidi Bouzid – berceau du soulèvement populaire de 2011 – baissèrent leur rideau sous la pression des islamistes. Le 26 de ce même mois, à Jendouba, au nord-ouest du pays, une troupe déchaînée de « barbus » armés de couteaux, de sabres et de cocktails Molotov attaqua plusieurs bâtiments. Ils étaient furieux parce que plusieurs salafistes ayant agressé des citoyens avaient été arrêtés par la police.
L’inquisition islamiste resserre son étau sur la Tunisie : insultes, menaces et agressions contre les cinémas, les théâtres, les débits de boisson, les boîtes de nuit, les passantes aux tenues jugées provocantes… La meute des islamistes radicaux, dont la plupart étaient incarcérés avant la révolution, est lâchée sur la société tunisienne. Deux Tunisies se retrouvent ainsi face-à-face : celle des libertés et celle de la charia (loi islamique).

Ennahdha face aux surenchères salafistes

Ennahdha, qui est à la tête de la coalition gouvernementale, est écartelée entre son partenariat avec les partis modérés et les surenchères de la mouvance radicale. Les groupes salafistes tels que Ansar al-charia (les partisans de la charia) accusent Ennahdha de mollesse et de compromission avec les valeurs occidentales. Ils somment Ennahdha de choisir « entre l’islam et les ennemis de l’islam ». Ils se font l’écho des propos d’Ayem el-Zawahiri, le nouvel émir d’Al-Qaïda, accusant Ennahdha « d’inventer un islam acceptable aux yeux du Département d’État américain, de l’Union européenne ou des pays du Golfe ».
La mouvance radicale tunisienne appelle la population au soulèvement contre « les atteintes à la religion ». Depuis janvier 2011, les salafistes tunisiens ont déjà mis la main sur 400 des 5000 mosquées du pays. Ils tissent aussi méthodiquement leur toile dans l’enseignement. Ils veulent faire de la Tunisie une théocratie sunnite, tournée vers les Lieux saints de la Mecque et la prestigieuse Turquie d’Erdogan.
Quel camp Ennahdha choisit-elle ? Mise en échec par la crise économique en tant que parti de gouvernement, Ennahdha se garde bien de renforcer l’État de droit contre les extrémistes : elle préfère dispenser des compensations symboliques, celles-là même qui plaisent aux courants fondamentalistes. Elle joue la carte de la réislamisation, conformément à sa vocation initiale.

La crise économique joue contre la démocratie

Les extrémistes exercent un pouvoir de séduction sur les jeunes chômeurs des quartiers pauvres. Le marasme de l’économie tunisienne leur fournit des troupes de plus en plus nombreuses. C’est un cercle vicieux : le tourisme, qui était l’un des piliers de l’économie tunisienne, ne s’est toujours pas remis de la révolution parce que le calme n’est pas revenu. Pour la même raison, le marché immobilier s’effondre et maints investisseurs retirent discrètement leurs capitaux.
En outre, la rechute de l’économie mondiale handicape inévitablement l’économie tunisienne. C’est là un problème central : la surenchère islamiste ne pourra que prospérer sur le terreau de la misère. Entrant dans sa phase aiguë, la crise économique mondiale va ruiner les chances d’un redressement rapide de l’économie tunisienne. Et gonfler les rangs des islamistes radicaux.
Certes, les courants démocratiques et libéraux attachés au pluralisme politique et culturel et aux libertés publiques représentent une fraction majoritaire de la société tunisienne, parmi les femmes, les jeunes, les fonctionnaires… Les classes moyennes sont le vecteur le plus important de ces valeurs. Mais que pourront-elles face à une déferlante islamiste populaire impulsée par la crise économique ? Leur propre paupérisation exposera certaines de leurs composantes à la tentation islamiste. En outre, les radicaux intensifieront l’usage de la terreur, dont on voit déjà les premières manifestations. La terreur est un élément clé des processus de captation du pouvoir par les islamistes radicaux. L’Iran en est un exemple : c’est par la terreur que l’ayatollah Rouhollah Khomeiny a écarté du pouvoir ses alliés (marxistes, libéraux…) de la révolution de 1979, et que son successeur, l’ayatollah Ali Khamenei, a étouffé la Révolution verte de 2009. Pourtant, la société iranienne comporte, elle aussi, une vaste classe moyenne et les aspirations à une démocratie pluraliste y sont fortes. Mais le pouvoir de la terreur est immense…
L’arrivée de la crise économique en Tunisie avait été le détonateur de la révolution dans ce pays l’année dernière. Mais les développements de la crise économique dévient le cours de la révolution au profit de la mouvance salafiste. L’opinion islamiste tunisienne est estimée à un peu plus d’un tiers des votants, qui eux-mêmes constituent la moitié de la population. Ce pourcentage est appelé à augmenter avec la rapide montée du chômage et le renchérissement du prix des denrées alimentaires. Le fondamentalisme islamiste – représenté par Ennahdha et les partis de la mouvance radicale financés par l’Arabie Saoudite et le Qatar – pourrait être le grand gagnant des élections générales de mars 2013.

Semailles laïques, moissons islamistes

L’Occident considérait la Tunisie de Bourguiba et de Ben Ali comme un paradigme de modernité au sein du monde arabo-musulman, notamment pour l’essor de la laïcité et le statut de la femme. Certes, l’autoritarisme du régime (par ailleurs corrompu) bridait la vie politique et certaines libertés publiques, mais leur épanouissement à venir semblait inscrit dans les astres. En attendant cette apothéose, les mœurs se libéralisaient, les touristes et les investisseurs étrangers affluaient, l’économie prospérait.
La naissance du Printemps arabe en Tunisie conforta cette vision optimiste de l’avenir. Une vision élargie à l’ensemble des pays musulmans, qui semblaient voués à la contagion démocratique.
Mais cet optimisme a été démenti par les résultats des élections législatives tunisiennes d’octobre 2011 ayant porté au pouvoir le parti islamiste Ennahdha. Ils ont stupéfié la mouvance laïque tunisienne elle-même, qui avait sous-estimé l’ampleur du radicalisme religieux dans son pays.
Les progrès de l’islamisme radical dans un pays aussi moderne que la Tunisie laissent deviner ce qu’ils pourront être dans des pays musulmans beaucoup moins avancés en termes socio-économiques, au cours de la phase aiguë de la crise économique mondiale qui s’annonce.

Les pays émergents du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) sont en train de rejoindre l’Occident dans la crise. La théorie, jusque-là très en vogue, du « découplage » entre Occident et BRIC (celui-ci étant censé remplacer celui-là comme locomotive de l’économie mondiale) montre son inanité.

Espagne : un tournant pour la « Vieille Europe »

L’Europe s’enfonce dans la crise. Comme je l’explique dans mon dernier ouvrage, « De la crise à la guerre, la faillite des élites » (éditions Jean-Cyrille Godefroy), le point de non retour de la crise systémique a été dépassé : arrivant beaucoup trop tard, l’austérité ne fait qu’accélérer la chute.
Les remises de dettes et injections de liquidité accordées à la Grèce ne l’empêchent pas d’asphyxier sous les plans d’austérité qui en sont la contrepartie. Son PIB a diminué de 6,9% en 2011. Ce sera pire en 2012 (sa cinquième année de récession), vu la baisse des salaires, la paralysie de la consommation, la crise politique…
L’Europe arrive à un tournant, avec l’entrée en récession de sa quatrième économie, l’Espagne : un chômage à 24,4% ; une consommation mourante ; un système bancaire ruiné par l’éclatement de la bulle immobilière. L’Espagne emprunte à des taux d’intérêt de plus en plus élevés (plus de 6% pour les emprunts à 5 ans). L’Eurogroupe consent aux banques espagnoles une aide jusqu’à 100 milliards d’euros, lesquels pèseront sur l’endettement des pays bailleurs de fonds…
La crise s’étend : le Portugal va mal, l’Italie aussi. La France est menacée. L’Eurogroupe, c’est-à-dire in fine l’Allemagne, ne pourra pas renflouer tous ces pays. Une Allemagne qui, elle-même, commence à faiblir à cause de l’affaissement de la demande européenne, qui draine 60% de ses exportations : la production industrielle allemande a reculé de 2,2% en avril. Le baromètre du centre de recherche ZEW indique que le moral des investisseurs a plongé en juin, à -16,9 points, contre 10,8 points en mai.

Économies anglo-saxonnes en crise

Le Royaume-Uni est un cas exemplaire. Étant hors de la zone euro, il ne subit pas le handicap d’une monnaie trop forte : il a laissé filer la livre sterling pour stimuler ses exportations. Et il s’est tourné vers une politique d’austérité draconienne. Cet arsenal ne l’a pas empêché d’entrer en récession à son tour : croissance négative de 0,3% au dernier trimestre 2011 et de 0,2% au premier trimestre 2012. Gageons que le deuxième trimestre sera du même tonneau. Fin 2009, il était sorti de cinq trimestres consécutifs de récession. Il est en pleine rechute…
Les États-Unis emboîtent le pas au Royaume-Uni vers le précipice. Le chômage tend à remonter. En avril, les commandes de biens durables ont augmenté de seulement 0,2% en avril, bien moins que prévu. L’indice de confiance des consommateurs publié par l’université du Michigan montre une démoralisation des ménages : après s’être hissé en mai à son plus haut niveau depuis 2007 (9 mois consécutifs de hausse), cet indice a reculé de 5,2 points à 74,1, alors que les analystes prévoyaient 77. La dette publique américaine dépasse 15 000 milliards de dollars, le déficit, 1000 milliards. Il faut presque 3 dollars supplémentaires d’endettement pour générer un dollar de croissance.
Jeffrey Lacker, l’un des dirigeants de la Réserve fédérale, la banque centrale américaine, a annoncé publiquement son désaccord avec les dernières mesures de relance prises par cette institution : « Les perspectives de croissance économique se sont à l’évidence détériorées depuis quelques semaines, mais on voit bien que la politique monétaire n’a pas la capacité de compenser les effets des facteurs qui entravent la croissance ». Les injections de liquidités ne redynamisent plus l’économie américaine, elles ne font que stimuler les bulles spéculatives.

Le BRIC plombé par le marasme occidental

Les pays du BRIC, fortement exportateurs, subissent le contrecoup de la diminution de la demande occidentale. À commencer par la Chine, dont les exportations s’effondrent. Le produit intérieur brut (PIB) n’a progressé que de 8,1% au premier trimestre, son niveau le plus bas depuis près de trois ans. Sa croissance annuelle qui, depuis 30 ans, caracolait à 10%, est annoncée à 8,2% pour 2012 par la Banque mondiale. Au-dessous de 8%, pourraient se déclencher de graves troubles sociaux. L’indice PMI des directeurs d’achat publié par la Fédération chinoise de la logistique et des achats (CFLP) était de 50,4 en mai, 3 points de moins qu’en avril. C’est un recul brutal. Or le secteur manufacturier représente près de 30% du PIB. Cela annonce un coût d’arrêt de l’économie chinoise. C’est pourquoi, pour la première fois depuis fin 2008, Pékin diminue ses taux d’intérêt pour relancer l’économie. Mais l’immense bulle immobilière chinoise menace d’éclater, ce qui désintégrerait un système bancaire farci de créances douteuses. La Chine s’achemine vers un collapsus économique.
L’Inde suit le même chemin que la Chine. Alors qu’elle avait depuis plusieurs années une croissance à 9%, elle n’a progressé que de 5,3 % au premier trimestre 2012 (son plus faible score trimestriel depuis 2002-2003), quand les analystes prévoyaient 6,1 %. Sur la même période, son secteur industriel s’est contracté de 0,3 %.
Même itinéraire pour le Brésil : il tempère sa prévision de croissance à 4,5% pour 2012, et vitupère contre les Européens et les Américains qui « dévaluent ». L’inquiétude le gagne…
La Russie profite de sa rente pétrolière. Mais la diminution du cours du baril (le brut tourne autour de 80 dollars) menace son économie, très dépendante de ses exportations d’hydrocarbures parce que faiblement diversifiée. Elle considère avec angoisse l’essor de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis.

La réaction très brutale de la Turquie au vote par le Sénat, lundi dernier, de la proposition de loi de la députée UMP Valérie Boyer (auparavant adoptée par l’Assemblée nationale) montre que le gouvernement turc devient ouvertement antioccidental. La loi Boyer pénalise la négation de tout génocide. Les Turcs se sentent visés parce que, parmi les génocides, figure celui des Arméniens par l’Empire ottoman en 1915 (1,5 million de morts). Ankara s’obstine à nier son existence. En 2001, le Parlement français avait voté une loi reconnaissant le génocide arménien, mais sans en pénaliser les négationnistes.
La loi Boyer doit être ratifiée par le président Sarkozy. La Turquie a menacé de réduire les relations diplomatiques avec Paris au niveau des chargés d’affaires, d’exercer des représailles économiques et d’interdire son espace aérien et ses eaux territoriales à l’armée française, bien que les deux pays soient membres de l’OTAN.
Chaque année, malgré la crise, la France verse à la Turquie près de 130 millions d’euros en vue de son adhésion à l’Union européenne (UE), soit près de 900 millions sur sept ans (2007-2013). La Turquie, elle, occupe depuis 1974 la partie nord de Chypre, qui est un pays de l’UE…

La Turquie rejette les valeurs humanistes

La prise de position du gouvernement turc vis-à-vis de la loi Boyer témoigne d’un rejet des valeurs humanistes de la France et de l’UE. Appuyé sur l’AKP (le parti pour la Justice et le Développement), majoritaire depuis 2002, qui se dit islamiste « modéré », il multiplie les manifestations d’hostilité à l’Occident. La détérioration des relations de la Turquie avec Israël s’inscrit dans ce contexte.
La politique intérieure est à l’unisson : le gouvernement turc réprime de plus en plus sévèrement les oppositions kémaliste (partisane de la laïcité) et kurde. Depuis deux ou trois ans, il étouffe les libertés publiques et suborne la justice. Il muselle la presse : au moins 96 journalistes sont incarcérés en Turquie, qui occupe le 138ème au classement de Reporters Sans Frontières 2011. Il laisse se développer les persécutions antichrétiennes. Tout cela dans un contexte de forte croissance économique (à deux chiffres pour 2011).

Le choc des civilisations

Cette évolution accrédite la thèse du politologue américain Samuel Huntington (1927-2008) sur le « Choc des civilisations ». Le professeur Huntington estimait que, par sa position géographique au carrefour de trois continents, sa population (76 millions d’habitants), sa puissance économique et militaire, son appartenance au courant majoritaire de l’islam (le sunnisme), son passé impérial ottoman, la Turquie avait vocation à devenir « l’État phare » de la civilisation musulmane. Premier ministre depuis mars 2003, Erdogan lui en fait prendre le chemin de façon très habile. Il est conforté par des succès électoraux grandissants : l’AKP a remporté 34,3% des voix aux législatives de 2002, 46,6% à celles de 2007 et 49,9% à celles de 2011 (avec une participation de 84% pour ces dernières). Réussite économique et islamisme : voilà la combinaison gagnante d’Erdogan.

Erdogan, un génie politique au service du Califat

En avril 2005 dans mon livre sur la Turquie intitulé  "10 questions sur la Turquie et 10 réponses qui dérangent", j’écrivais ceci : "Sous la poigne d’un génie politique, Mustapha Kemal Atatürk, la Turquie fut au 20ème siècle le pays leader de la laïcité dans le monde musulman. Conduite par un autre homme d’exception, le charismatique Premier ministre islamiste Recep Tayyip Erdogan, elle tourne le dos à la laïcité kémaliste pour renouer avec son identité musulmane multiséculaire. Erdogan est un génie visionnaire, qui fait de l’intégration de la Turquie à l’Europe le levier pour balayer les derniers obstacles à la réislamisation de son pays. Le but ultime d’Erdogan : le rétablissement du califat, institution politico-religieuse surplombant la Oumma (la communauté des croyants), abolie par Kemal Atatürk en 1924.

Depuis 2005, Erdogan a beaucoup fait progresser la réislamisation de la Turquie,  pendant que Washington et Bruxelles obligeaient l’armée turque, traditionnellement gardienne de la laïcité kémaliste, à renoncer à le renverser par un putsch. Maintenant que l’armée est neutralisée, Erdogan dévoile ses canons : il secoue de plus en plus la tutelle occidentale. L’intégration de la Turquie à l’UE ? Il sait qu’elle est impossible, parce que les peuples européens n’en veulent pas, au contraire de l’oligarchie financière qui les gouverne encore. La procédure, non aboutie, d’intégration à l’UE ayant rempli son office – empêcher  l’armée de sortir de ses casernes – il poursuit sans entraves son seul et unique but : faire de la Turquie l’État phare de l’islam.

Le vrai visage de la Turquie d’Erdogan, c’est celui du totalitarisme islamiste. Les hackers ont « défacé » le site Internet de mon éditeur, Jean-Cyrille Godefroy, en insérant dans certaines pages un texte en turc, accompagné de deux photos de propagande (reproduction ci-dessous). Sur la photo de gauche, surplombant le drapeau turc, le Premier ministre Recep Tayipp Erdogan et son épouse, coiffée du foulard islamique, tiennent des enfants noirs dans leurs bras : une image empreinte d’humanisme. Au contraire, sur la photo de droite, deux soldats brandissent chacun une tête coupée alors qu’un drapeau français dont la partie rouge éclabousse la bande blanche figure dans le coin inférieur droit : ces soldats sont censés être français. Il est fait mention, en turc, de la répression menée par la France en Algérie en réponse aux sanglantes émeutes du 8 mai 1945. « SARKO », en bleu-blanc-rouge, désigne notre président de la République à la vindicte islamo-turque.

Les hackers ont appliqué ce procédé à tous mes essais dont le dernier en date, "De la crise à la guerre"(octobre 2011) et bien sûr "10 questions sur la Turquie et 10 réponses qui dérangent" (2005). Ils s’en sont pris aussi à d’autres ouvrages des éditions Jean-Cyrille Godefroy ayant un rapport avec la géopolitique, tels « Eurabia » de Bat Ye’or et « Frères musulmans dans l’ombre d’Al-Qaeda » d’Emmanuel Razavi.

La Turquie continue à nier le génocide arménien

Ce piratage s’inscrit dans la campagne de sabotage de sites Internet déclenchée par les Turcs à la suite du vote par l’Assemblée nationale de la proposition de loi de Valérie Boyer, député UMP des Bouches-du-Rhône, pénalisant la négation de tout génocide. Donc du génocide arménien de 1915 qui fit 1,5 million de morts. Parmi les sites piratés, celui de Valérie Boyer, qui a été injuriée et menacée de viol et de mort sur ses réseaux sociaux. Ses enfants et ses parents ont également été menacés. Dimanche dernier, le site Internet du Sénat, qui devra se prononcer à son tour sur cette loi, a été paralysé. Dans la page des commentaires de son blog, le hacker turc Iskorpitx a revendiqué le piratage du site du Sénat. Iskorpitx s’est rendu célèbre dans son pays pour avoir piraté un demi-million de sites Internet. Il n’a pu le faire qu’avec l’assentiment du gouvernement Erdogan, sans quoi il aurait vite été neutralisé par les services secrets turcs. Il en va de même pour ses actions de piratage en France.

Les Akincilar attaquent la France

Iskorpitx se dit proche du groupe islamo-nationaliste de hackers turcs qui se fait appeler Akincilar, du nom de la cavalerie légère ottomane. Le 21 décembre, le leader de ce groupe a lancé un mot d’ordre depuis Konya, en Turquie : « Une seule cible : la France ». En novembre dernier, Akincilar a revendiqué le piratage du site de « Charlie Hebdo », survenu au même moment que l’incendie probablement criminel des locaux de l’hebdomadaire satirique. Akincilar avait laissé un message dénonçant l’irrespect à l’égard de Mahomet dont a fait preuve le numéro spécial « Charia Hebdo » consacré aux intégristes islamistes.
Les Akincilar sont basés sur le territoire turc. Ils y opèrent en toute impunité. Début 2011, ils avaient bloqué le site de "Penguen", un hebdo satirique turc tournant la religion en dérision. Ils n’ont pas été poursuivis. C’est "Pengen" qui a eu des ennuis : une cour d’Istanbul a ouvert une procédure contre ce journal. Le gouvernement Erdogan soutient les Akincilar, qui sont des extrémistes islamistes, tandis qu’il réprime les tenants de la laïcité kémaliste.

Le gouvernement Erdogan soutient les hackers islamo-nationalistes

Il est évident que les services secrets turcs, riches en moyens humains et matériels, sont en mesure de mettre un terme aux agissements d’Akincilar. Et à ceux d’autres groupes de hackers turcs, qui sévissent aussi en France : par exemple Grayhatz, qui a revendiqué le détournement du site de Valérie Boyer. Ou bien Millikuvvetler, qui a revendiqué le piratage d’une centaine de sites Web. En fait, les services turcs les encadrent. C’est ainsi qu’en 2010 Akincilar avait revendiqué de nombreuses offensives contre des sites israéliens après l’assaut donné par Tsahal contre la flottille de Gaza. Les services turcs manipulaient cette expédition navale destinée à briser le blocus de la bande de Gaza. Ils exacerbèrent la violence lors de l’interception par l’armée israélienne.

Le mythe de l’islamisme "modéré" d’Erdogan

La proposition de loi de Valérie Boyer a provoqué une grave crise diplomatique avec la Turquie. L’intransigeance de cette dernière devrait faire réfléchir les Européens, de moins en moins nombreux il est vrai, qui souhaitent l’intégration de la Turquie à l’Union européenne, dont elle occupe la moitié d’un pays membre : Chypre. Et qui voient en Erdogan l’incarnation de l’islamisme « modéré ». Le Premier ministre turc s’est voué à un grand dessein : réislamiser la Turquie et restaurer le califat ottoman aboli par Kemal Atatürk en 1924.

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