2010 juin
Archives Mensuelles
30 juin 2010
Les mauvaises nouvelles ont soufflé en rafale cette semaine, affolant les Bourses : les statistiques font douter les investisseurs de la solidité de la reprise économique mondiale.
La Chine, locomotive de la croissance mondiale, donne des signes de faiblesse : le Conference Board a abaissé son estimation de croissance pour avril de 1,7% à 0,3%.
Le Japon a déçu les attentes : en mai, son taux de chômage est monté à 5,2% de la population active (3,47 millions de chômeurs) contre 5,1% en avril. Les économistes étaient plus optimistes : ils prévoyaient 5%… La production industrielle a faibli de 0,1% durant ce mois de mai. Autre indice japonais préoccupant : celui de la consommation des ménages, qui a régressé de 0,7% en mai par rapport à son niveau d’il y a un an.
Reuters a répercuté une enquête publiée par le cabinet de services aux entreprises ADP estimant à 13 000 le nombre de créations d’emplois en juin dans le secteur privé américain : nettement moins que les 60 000 créations d’emplois anticipées par les économistes que Reuters avait consultés. On attend les chiffres officiels vendredi. Le moral des ménages américains commence à s’effondrer : l’indice de confiance est à 52,9 points en juin alors qu’il était prévu à 62,8. Il était beaucoup plus haut en mai : 62,7… C’est une grosse panne de moteur pour l’économie mondiale.
En Europe, le moral ne va pas fort non plus. Celui des ménages français poursuit sa chute, selon l’INSEE : un point de perdu en juin, 9 depuis le début de l’année. À ces inquiétudes s’ajoutent celles suscitées par la crise de la dette publique en Europe : les banques européennes doivent rembourser 545,5 milliards de dollars de prêts d’urgence à partir de demain jeudi.
La Banque des règlements internationaux (BRI) a mis en garde contre les risques d’une nouvelle crise. Tout cela rend les marchés nerveux, comme l’a montré le dévissage boursier de mardi dernier. La situation est grave : le Président Obama a déclaré mardi que lui et le Président de la FED, Ben Bernanke, admettent que la reprise de l’économie américaine n’est pas suffisamment forte et soutenue, notamment à cause de la crise de la dette en Europe.
« La reprise va continuer et il n’y aura pas de récession à double creux », a déclaré mardi Dominique Strauss-Kahn, le patron du Fonds monétaire international. Il applique la méthode Coué ou celle des sorciers africains appelant la pluie pour la faire venir…
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29 juin 2010
C’était une crise de l’immobilier résidentiel qui avait lancé la crise bancaire de 2007 aux États-Unis. Ce sera une crise de l’immobilier commercial (bureaux, entrepôts…) qui déclenchera la prochaine, sous peu. C’est la conclusion qui se dégage de la lecture du dernier rapport de la Banque des règlements internationaux (BRI) qui est la banque des banques centrales et un forum de discussions pour les autorités monétaires. La valeur de l’immobilier commercial américain a chuté de plus d’un tiers par rapport à son sommet. Le taux d’impayés sur les prêts immobiliers commerciaux a dépassé 8%, le double par rapport à 2008.
Les banques américaines se remettent avec peine de la crise des subprimes : leurs pertes et dépréciations subies de son fait se montaient à 1 306 milliards de dollars à la fin avril. Et elles ont besoin de se refinancer à hauteur de 3 000 milliards de dollars à court terme.
Et voilà qu’à son tour l’effondrement de l’immobilier commercial les mine. Mais cette fois-ci, il ne leur sera guère possible de compter sur un puissant renfort des États, lourdement endettés par les opérations de sauvetage de la crise des subprimes. D’autant que la BRI attire l’attention sur les risques de rechute de l’économie mondiale si les gouvernements ne cessent pas rapidement leurs plans de relance fondés sur les taux directeurs proches de 0 pratiqués par les banques centrales : l’addition d’une politique monétaire expansionniste à une extrême vulnérabilité bancaire et à des politiques de dépenses publiques effrénées risque d’étouffer la reprise.
Le directeur de la BRI, Jaime Caruana, a déclaré lors de l’assemblée générale : « Nous ne pouvons pas attendre la reprise d’une forte croissance pour entamer le processus de correction des politiques. En particulier, un report des politiques d’ajustement budgétaire ne ferait que créer un risque de regain de volatilité financière, de perturbations des marchés et de tensions dans le financement. »
Le rapport de la BRI est une nouvelle illustration des impasses de la crise systémique. Les mesures prises à tel moment soulagent provisoirement le malade, mais sa santé rechute un peu plus tard, d’autres organes flanchant à leur tour, quand ce n’est pas les mêmes. Les politiques de relance des États auront été des expédients destinés à prolonger l’agonie d’un système intrinsèquement vicié.
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28 juin 2010
« N’en faites pas trop en 2010… ni en 2011 » a dit Barak Obama aux Européens, partisans des plans de rigueur pour se désendetter. Nicolas Sarkozy a rapproché la France du camp américain, celui de la relance par l’endettement : il veut conduire le désendettement en douceur.
Problème : lorsqu’on a une dette publique galopante évaluée à 1 489 milliards (77,6% du PIB) fin 2009 et un déficit à 150 milliards (7,5% du PIB), on ne peut pas se permettre de lambiner. La panique qui avait submergé l’Elysée et Matignon au moment de la crise grecque semble s’évanouir, tout au moins dans l’esprit de notre président. François Fillon a annoncé 45 milliards d’euros de réduction des dépenses publiques pour ramener le déficit public de la France à 3 % du PIB d’ici à 2013, en tablant sur une croissance à 2,5% en 2011 et 2012 : 2,5%, c’est fantaisiste.
Les agences de notation finiront pas tirer les conclusions de cette évolution calamiteuse : elle rétrograderont les AAA de la France en AA. La France devra emprunter à un coût beaucoup plus élevé, s’enlisant plus encore dans la dette. Elle fera du matraquage fiscal. De quoi paralyser la reprise…
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28 juin 2010
À Toronto, les Vingt se sont montrés divisés. Pour ce qui est du yuan, le projet de communiqué de samedi mentionnait son décrochage du dollar, récemment annoncé par la Chine. L’enthousiasme a été rapidement douché : les Chinois ont exigé que cela disparaisse du communiqué final. En prévision des pressions qu’exerceraient notamment les négociateurs américains, ils avaient averti dès avant le sommet que le débat sur leur monnaie n’avait pas sa place dans une réunion internationale. Il ne faut donc pas s’attendre à une réévaluation significative du yuan, tant espérée pour le rééquilibrage des échanges commerciaux. Concernant la politique des changes, le communiqué final ne mentionne pas la Chine : il s’agira « d’accroître la flexibilité du taux de change dans certains marchés émergents. »
Décidément, le torchon brûle entre Pékin et Washington. L’ambassadeur chinois à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est allé jusqu’à dire à l’agence de presse Reuters que les exigences excessives des États-Unis expliquaient pourquoi les négociations du cycle de Doha, ouvertes en 2001, ne menaient à rien.
Concernant les stratégies de sortie de crise, le désaccord est également profond. Les États-Unis ont insisté en faveur de politiques de relance de la croissance. Ils ont été appuyés par des pays émergents comme le Brésil. Et la Chine, d’accord sur ce point avec Washington : le président Hu Jintao a mis en garde les pays riches et émergents du G20 contre un arrêt trop brutal des politiques de relance. Au contraire, les Européens et le Canada donnent la priorité à la réduction des déficits publics pour éviter une crise à la grecque. Pour ne pas affoler les marchés, le communiqué final des Vingt masque leurs divergences sous une unanimité de façade : ils assurent s’accorder sur la nécessité de rétablir l’équilibre des comptes publics de 50% d’ici 2013. Mais en précisant tout de même que « la plus grande priorité du G20 est de protéger et de renforcer la reprise […] ».
Autre point de divergence : la taxe bancaire mondiale. Plusieurs nations européennes et les États-Unis la proposaient. Mais le Canada y étant fortement opposé, elle a été écartée de l’accord final.
Sous l’aiguillon de la crise, les Vingt tirent à hue et à dia. Leurs nerfs sont à vif. Les égoïsmes nationaux ou continentaux triomphent. Ce manque d’unité de vues sur des questions aussi importantes que la politique des changes et les plans d’austérité n’est pas de nature à optimiser les réponses à la crise.
À Toronto, le président chinois a mis en garde les pays occidentaux contre la tentation de prendre des mesures protectionnistes (comme si la sous-évaluation du yuan n’était pas du protectionnisme déguisé…). Il sait qu’un lobby protectionniste s’active au Congrès des États-Unis et que le protectionnisme pourrait arriver sur le devant de la scène au cours des prochaines années, devenant une pomme de discorde entre Washington et Pékin.
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27 juin 2010
Les Américains font depuis longtemps pression sur la Chine pour qu’elle réévalue fortement sa monnaie, le yuan. Au G20 à Toronto, la Chine fait mine d’accéder a leur demande en annonçant la désindexation du yuan sur le dollar, donc le retour à un régime contrôlé de change flottant comme avant la crise financière. Dans ce système, le « peg », en vigueur depuis 23 mois, le yuan fluctuait à l’intérieur d’une marge très étroite avec le dollar autour de 6,8 pour 1. Mais les sénateurs américains qui fulminent contre la sous-évaluation chronique du yuan, jugée déloyale, ne vont pas être rassérénés pour autant : il y a quelques jours, la banque centrale chinoise a déclaré qu’il n’était pas question d’une forte réévaluation de sa monnaie nationale. Les experts tablent sur une hausse très modérée, de 1 à 2%, d’ici la fin de l’année. Pas de quoi rééquilibrer le commerce international : la monnaie chinoise est sous-évaluée de 40%. Et, selon les chiffres des douanes publiés le 10 juin, en mai, les exportations ont augmenté de 48,5 % en rythme annuel, amenant l’excédent commercial à 19,5 milliards de dollars (16,1 milliards d’euros) contre 1,68 milliard en avril.
Les Chinois indiquent que leur monnaie sera indexée sur un panier de devises, dont l’euro, déprécié en ce moment. Le yuan pourrait donc tout aussi bien fluctuer à la baisse. Au bout du compte, les milieux financiers sont perplexes sur l’évolution du cours du yuan dans les prochains mois. Tout cela pourrait n’être qu’un effet d’annonce pour calmer les partenaires commerciaux à l’occasion du G20 de Toronto.
On ne peut donc pas compter sur une vigoureuse appréciation du yuan pour augmenter substantiellement la consommation intérieure chinoise et améliorer le commerce extérieur des partenaires de la Chine. Ce facteur clé des déséquilibres mondiaux va perdurer, contribuant à attiser la crise systémique.
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24 juin 2010
À l’approche du sommet du G20 qui se tiendra à Toronto ce week-end, le président Obama reproche aux Européens leurs politiques d’austérité qui risquent de saper la croissance. L’Allemagne est particulièrement visée : elle a entraîné les Européens dans cette voie. Obama a exhorté Angela Merkel et David Cameron par téléphone et, dans un courrier aux dirigeants du G20, il a déploré la faiblesse de la demande et « la dépendance toujours très forte aux exportations dans certains pays » : on dirait du Christine Lagarde… Les Européens, terrorisés par la crise grecque, adoptent des plans d’austérité pour se désendetter. Mais cela va réduire la consommation européenne. Obama est d’autant plus inquiet que la faiblesse actuelle de l’euro gêne les exportations américaines.
Deux conceptions de l’économie s’affrontent : celle du réalisme inspirée par le « capitalisme rhénan » défendu par Angela Merkel et celle de « l’économie casino » dopée au crédit prônée par Obama. Mais il est vrai que celui-ci a de quoi s’inquiéter : l’affaiblissement de la consommation européenne enlisera une croissance américaine déjà faible.
Il faut résoudre la quadrature du cercle : maintenir la relance par la dette souveraine mènera les États au désastre financier mais cesser d’administrer ce remontant à l’économie la fera rechuter. C’est ça, une crise structurelle : quoi qu’on fasse, on débouche sur une impasse. Le système est bloqué. Il aurait fallu s’inquiéter de ses dysfonctionnements bien plus tôt pour être à même d’y remédier. C’est pourquoi la crise est appelée à empirer.
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23 juin 2010
Depuis l’affaire de la flottille de Gaza, le 31 mai dernier, à l’occasion de laquelle la Turquie a de facto rompu son alliance avec Israël, fleurissent les commentaires déçus. C’est que la Turquie avait exalté l’espérance : les négateurs du choc des civilisations lui avaient assigné le rôle de pont entre l’Occident et l’islam pour empêcher une collision entre l’un et l’autre. Redouter cela, c’était reconnaître implicitement la validité du concept de choc des civilisations rendu célèbre par l’Américain Samuel Huntington dans les années quatre-vingt-dix. Mais l’utopie dédaigne volontiers la logique… Dans l’un de mes ouvrages, publié en 2004, « 10 questions sur la Turquie et 10 réponses qui dérangent » (éditions Jean-Cyrille Godefroy), j’avais mis en garde contre cette illusion et annoncé le revirement turc.
En 2002, l’arrivée au pouvoir des islamo-conservateurs du parti de la Justice et du Développement (AKP) – il y sont toujours – n’avait pas douché les optimismes. Les tenants de la laïcité kémaliste avaient été écartés, mais qu’à cela ne tienne : les observateurs occidentaux comparaient l’AKP aux partis chrétiens-démocrates européens, qui marient religion et politique sans que celle-là empiète sur celle-ci. Le processus d’intégration de la Turquie à l’Europe a permis au fin stratège qu’est le Premier ministre Erdogan de réduire fortement l’emprise de l’armée sur la vie politique. Muselée par la démocratisation exigée par Bruxelles avec l’appui de Washington, elle a cessé de défendre la laïcité par la force. Elle a rompu avec sa tradition putschiste qui lui avait permis de chasser du pouvoir les fondamentalistes islamistes – comme en 1997 – lorsqu’ils répudiaient trop ouvertement l’héritage kémaliste.
Erdogan a progressivement réislamisé la vie politique turque. Il est vrai qu’il amplifiait un renouveau religieux apparu après 1950, au terme de la présidence d’Ismet Inönü, qui avait succédé à Kemal Atatürk douze ans plus tôt. Inönü lui-même avait ouvert la voie à ce renouveau en instaurant le multipartisme. Atatürk avait institué un ministère des Affaires religieuses (Diyanet) qui administrait les cultes d’une main de fer : ce n’était pas une véritable laïcité au sens de la loi française de 1905 séparant les Églises et l’État. Les imams étaient choisis par le pouvoir et les confréries religieuses vivaient dans la clandestinité. Les années cinquante les ont vu réapparaître au grand jour. Elles ont construit au fil du temps des empires, notamment dans la presse et l’édition. Et mis sur pied des écoles religieuses, les Imam Hatips : celles-ci forment les nouvelles élites islamistes qui sapent l’influence de la classe dirigeante kémaliste. Elles enseignent un islam revisité par le culte du travail, mais qui maintient l’unité du politique et du religieux et la classification hiérarchique des religions : le califat ottoman disparu en 1924, si prestigieux dans le monde musulman, sera restauré et l’islam récupérera ses anciennes possessions européennes. Il les étendra. Il régénèrera l’Europe décadente.
L’AKP a patiemment instillé ces valeurs dans la politique intérieure turque. Et elles font irruption dans la politique étrangère. Le développement de l’influence turque dans l’Asie centrale et les Balkans turcophones encouragé par Ankara depuis plusieurs décennies se colore de fondamentalisme islamiste. La gloire de l’empire ottoman multiséculaire est invoquée.
Conséquence : la Turquie s’éloigne de l’Occident. Son appartenance à l’OTAN devient très turbulente. L’alliance conclue en 1996 avec Israël a été secouée par la violente diatribe adressée publiquement par Erdogan à Shimon Perez, le Premier ministre israélien, à Davos en janvier 2009. Et, le 31 mai dernier, la chaude affaire de la flottille humanitaire de Gaza a fait franchir un seuil à la Turquie. L’ONG turque IHH, qui avait monté en bonne intelligence avec Ankara la provocation obligeant les fusiliers marins israéliens à tirer, est liée au Hamas, aux Frères Musulmans et à diverses organisations terroristes. L’IHH a toujours proclamé sa haine d’Israël.
Le sunnite turc Erdogan fait désormais figure de héros aux yeux du monde musulman à l’instar du shiite iranien Ahmadinejad : tous deux défient l’Occident.
Huntington a pronostiqué que la Turquie deviendrait « l’État phare » de l’islam, grâce à son prestigieux passé ottoman, sa position au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie, son économie relativement dynamique, l’ampleur de sa population (72 millions d’habitants), son arrière-cour turcophone et son appartenance au sunnisme, qui représente 90% du monde musulman. La Turquie est résolument engagée dans cette voie. La crise économique l’y poussera davantage. Et son intégration à l’Europe semble de plus en plus compromise…
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23 juin 2010
La crise économique mondiale aura pris un tournant décisif quand les États auront fait faillite. La faillite d’une entreprise entraîne sa disparition. L’État en faillite ne disparaît pas. Mais les services qu’il assure se réduisent dramatiquement : justice et forces de l’ordre privées de moyens conséquents, armée aux effectifs restreints et à l’équipement en voie d’obsolescence, versement de pensions de retraites pitoyables, services sociaux qui périclitent…
Le surendettement des États occidentaux conduira la plupart d’entre eux à la faillite. Les politiques d’austérité qu’ils mettent en place ne suffiront pas : trop peu, trop tard. Les malheurs de l’État grec ont focalisé l’attention sur l’Europe du Sud – surtout le Portugal et l’Espagne – exposée à la « contamination ». Mais celle-ci atteindra aussi des pays de première importance, comme la Grande-Bretagne et les États-Unis.
Surendettée, la Grande-Bretagne cherche 200 milliards d’euros pour boucler son budget 2010. Elle est gouvernée par une coalition instable, ce qui n’est pas de nature à rassurer les marchés financiers. La Banque d’Angleterre achète en cachette des bons du Trésor (Gilts) pour en soutenir le cours. Tout cela va déboucher sur une crise de confiance. Un krach obligataire se produira et la livre sterling dégringolera.
La Grande-Bretagne entraînera dans sa chute les États-Unis, qui sont de très loin le premier émetteur de dettes souveraines. La reprise américaine est évanescente. La consommation et l’immobilier sont en plein marasme. Freddy Mac et Fanny Mae, ces quasi-monopoles fédéraux de prêts immobiliers qui avaient bénéficié d’un sauvetage de grande ampleur, perdent toujours de l’argent. Aussi le gouvernement continue-t-il à les financer. Nombreuses sont les collectivités locales (États fédérés, villes, comtés) qui licencient ou mettent leurs salariés en chômage technique partiel. Des coupes claires sont effectuées dans les programmes d’aide sociale, les services (prisons, police, pompiers…) sont réduits.
À un moment donné, la panique sur le marché des dettes souveraines se répandra comme une traînée de poudre, faisant plonger tous les États surendettés. Les masses seront alors en état de choc. Les États les avaient persuadées de leur toute-puissance en secourant les banques. Dans les États-providence, les transferts sociaux sont présentés comme des amortisseurs de la crise. Mais lorsque les États seront en banqueroute, l’angoisse s’emparera de la psyché collective : il n’y a plus de toit au-dessus de la maison… Il en résultera des chocs électoraux et des bouleversements sociopolitiques majeurs.
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22 juin 2010
Depuis plusieurs mois, les médias entonnent le cantique de la reprise économique mondiale. Sa faiblesse contraste avec l’ampleur des politiques de relance par injections massives de liquidités effectuées par les États en réponse à la crise bancaire. L’Occident s’est massivement endetté pour stimuler la reprise économique.
La banqueroute de l’État grec a paniqué les États occidentaux, au premier rang desquels ceux de l’Union européenne. En toute hâte, ils mettent en place une cascade de politiques d’austérité : plutôt que de continuer à stimuler la croissance par de la dette, ils préfèrent réduire celle-ci en privilégiant – peu ou prou – la réduction des déficits. À la relance conjoncturelle, ils préfèrent désormais la stabilité structurelle.
L’eurozone s’engage avec une particulière intensité dans cette politique d’austérité. Or elle est une clé de voute de l’économie planétaire en tant que première puissance commerciale et premier marché d’exportation du monde. À partir du second semestre, la consommation européenne fléchira sous l’impact des mesures prises. Cela diminuera fortement les exportations de la Chine et d’autres pays créanciers et étouffera leur croissance. L’économie mondiale rechutera fortement.
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21 juin 2010
Posted by Laurent Artur du Plessis under
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Le monde entre en convulsions. Ce blog scanne la situation sous ses aspects historique, économique, politique, culturel, religieux, militaire… Le croisement de ces points de vue permet des analyses justes et des prévisions réussies. À condition d’oser pousser les raisonnements jusqu’au bout.
Mon premier essai, « La Troisième Guerre mondiale a commencé », publié en septembre 2002 aux éditions Jean-Cyrille Godefroy, annonçait la venue prochaine d’une crise économique mondiale comparable par sa gravité à celle de 1929. La voici. Et elle n’en est qu’au premier stade. Bientôt, la tornade financière qui s’est abattue sur la Grèce atteindra de nombreux États, dont certains comptent parmi les plus puissants. Les collectivités locales et les entreprises du secteur public seront touchées.
« La Troisième Guerre mondiale a commencé » pronostiquait une montée aux extrêmes des tensions géopolitiques sous l’impact de la crise économique. Celle-ci commence à bouleverser les rapports de force régissant les relations internationales depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Là aussi, ce n’est qu’un début. L’intensification de la crise va attiser les conflits internes et internationaux sur fond de choc des civilisations et de terrorisme islamique. Les armes de destruction massive – nucléaires, chimiques, bactériologiques – occuperont de plus en plus le devant de la scène internationale.
J’ai inscrit mes autres livres dans cette perspective de l’avènement d’une Troisième Guerre mondiale. Idée invraisemblable ? L’annonce de la crise économique actuelle soulevait l’incrédulité en 2002… Perspective tragique ? Oui. Mais l’Histoire est tragique.
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