2010 juillet


Les résultats des stress tests appliqués aux banques européennes sont bons. Seules cinq banques espagnoles, une banque grecque et une allemande ont échoué à prouver leur capacité de résistance : 7 banques sur les 91 testées. Ces 91 banques représentent 65 % du total des actifs bancaires de l’UE et au moins la moitié des actifs bancaires dans chacun des 27 pays membres. La mise en cause de 7 banques sur 91, c’est beaucoup moins que les 10 banques américaines sur 19 contraintes à la recapitalisation en février 2009. Pourtant, les tests américains avaient été accusés d’être trop doux… Le Comité des régulateurs européens (CEBS) a annoncé qu’il manquait seulement 3,5 milliards d’euros à ces 7 établissements. Pas de quoi fouetter un chat. Mais, en réalité, ces stress tests sont bidonnés.

Les stress tests sont censés détecter les banques qui ne survivraient pas à une nouvelle crise afin de les obliger à se recapitaliser. Il s’agissait pour les banques européennes de prouver leur capacité à maintenir un ratio de fonds propres « Tier 1 » d’au moins 6 % d’ici à la fin 2011, dans des scénarios de crise plus ou moins sévères. Le « Tier 1 » est la partie la plus solide des capitaux propres des banques. Il mesure leur degré de capitalisation. Le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire recommande un ratio de 8%. La plupart des banques visent au moins 7 %. Le FMI avait émis des doutes sur la fiabilité des résultats avant leur publication. Mais, après publication, Dominique Strauss-Kahn, le patron du FMI, a salué les stress tests qui « ont marqué […] une étape importante en vue d’une transparence accrue et d’un soutien à la confiance des marchés ». Il voulait rassurer les marchés. C’était le but de ces stress tests. Mais les marchés sont restés assez indifférents car incrédules.

Les stress tests ont été basés sur trois scénarios plus ou moins hostiles : un scénario de base, un de récession et un autre intégrant de fortes pertes sur les emprunts d’État. Les taux de croissance retenus pour la zone euro, de – 0,2% en 2010 et – 0,6% en 2011, sont beaucoup trop optimistes pour un scénario noir. Les seuils de pertes potentielles sur les dettes souveraines (2,5% pour l’Italie, 5% pour l’Espagne, 8% pour le Portugal et l’Irlande et 17% pour la Grèce) manquent de rudesse. Ainsi, les 17% envisagés pour la Grèce sont très inférieurs aux 40% prévus par l’agence de notation Moody’s et la banque Citigroup. Aucune hypothèse n’intègre l’éventualité du défaut pur et simple de paiement d’un pays…
Autre lacune des stress tests : les procédures ne sont pas harmonisées entre les pays européens. Chaque banque effectue ses propres calculs qu’elle transmet à la banque centrale nationale qui les envoie à la Banque centrale européenne (BCE). Chaque banque centrale a sa propre définition des différents indicateurs. Cela permet aux États de sauver la face en choisissant des critères avantageux pour leurs banques. Ainsi, la banque centrale espagnole a autorisé les banques du pays à comptabiliser dans leurs capitaux propres les aides du fonds de secours espagnol. C’est une tromperie : ces aides ne sont que des prêts que les caisses d’épargne devront rembourser, à terme…

Les stress tests n’ont compté les pertes des dettes souveraines que sur le portefeuille de trading des banques et pas sur leur portefeuille bancaire. Cela ne livre pas d’informations sur les fameux actifs toxiques, liés au marché hypothécaire américain. On s’est bien gardé d’obliger les banques européennes à reconnaître leurs pertes sur ce marché. Alors, comment estimer leur capacité de résistance à un choc supplémentaire, lié aux dettes souveraines grecque, espagnole ou d’autres pays européens ?

Quatre banques françaises – BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole et BPCE (Banque populaire Caisse d’épargne) – ont passé et réussi les stress tests. Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a salué « une capacité de résistance très forte » des banques françaises. Christine Lagarde a déclaré : « C’est évidemment un sujet de satisfaction parce que ça signifie qu’elles vont pouvoir financer l’économie, les ménages, les entreprises, et que la défiance des marchés devrait maintenant disparaître ». Mais les marchés, il leur en faudra plus, eux qui ont dans le collimateur notre dette et nos déficits galopants.

Les bulles spéculatives n’ont pas fini d’éclater. Des krachs immobiliers sont à prévoir. À l’horizon se profile une série de krachs des obligations d’État. Nombreuses seront les banques qui vacilleront. L’opération cosmétique des stress tests et les déclarations enthousiastes des hauts responsables n’empêcheront pas cela.

Les ménages français broient toujours du noir. L’indicateur qui mesure leur moral s’est stabilisé « à un bas niveau » (-39 points), selon l’Insee. Il baisse depuis le début de l’année. Ils continuent à s’inquiéter du chômage et de leurs finances qui se dégradent. Pas de quoi redonner des couleurs à la consommation, moteur de la croissance française.

Le moral des industriels est un peu meilleur : l’indicateur synthétique du climat des affaires de l’Insee publié hier a progressé de deux points en juillet, pour s’établir à 98, « son plus haut niveau depuis juillet 2008 ». L’activité des industriels a progressé et leurs stocks « s’allègent » mais les carnets de commandes, un peu regarnis en juillet, sont toujours « peu fournis ». Et surtout, les perspectives de production pour les prochains mois « se détériorent à nouveau et sont jugées basses ».

Le mois dernier, François Fillon a annoncé 100 milliards d’euros d’économies d’ici 2013 pour, cette année-là, ramener le déficit de la France à 3% contre 8% en 2010. Il a cependant précisé que ces restrictions de dépenses ne couvriraient que la moitié du chemin, le reste devant être assuré par une croissance économique ayant retrouvé un certain tonus : il compte sur 2,5% pour 2011. Ça n’en prend pas le chemin. Si cette atonie se confirme, le gouvernement alourdira la pression fiscale. En effet, ce n’est pas le recul de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans d’ici à 2018 qui fournira l’appoint nécessaire dans le court terme. Quant à une réduction drastique des dépenses, à deux ans de la présidentielle, il ne faut pas trop y compter…

Avec un déficit à 8% et une dette publique à 84% du PIB, la France file du mauvais coton. L’écart de rendement avec les obligations allemandes se creuse. En février dernier, l’agence de notation Moody’s a prévenu que l’alourdissement de la dette mettrait en péril la note AAA de la France. Voilà, pour le gouvernement, un sacré casse-tête en perspective.

Conclusion : en dehors d’une réduction drastique des dépenses publiques, point de salut…

Les crises de confiance ayant affecté la Grèce, l’Espagne et le Portugal semblaient dans l’ordre des choses : après tout, ces pays méditerranéens n’étaient-ils pas quelque peu corrompus et laxistes ? Mais voilà que la défiance des marchés remonte vers l’Europe du Nord. Après le Portugal, c’est aujourd’hui au tour de l’Irlande de subir une dégradation de la note de sa dette publique, de Aa1 à Aa2, de la part de l’agence de notation Moody’s.

Les raisons avancées par Moody’s ? D’abord, « la perte graduelle et significative de la force financière du gouvernement irlandais illustrée par la hausse des déficits publics et l’affaiblissement de la capacité de remboursement du pays ». À quoi s’ajoute le déficit budgétaire (14,3% du PIB en 2009), supérieur à celui de la Grèce, le poids de la dette publique passée de 25% du PIB fin 2007 à 65% fin 2009, et des perspectives de croissance affaiblies. Ce n’est pas tout : les nombreuses recapitalisations d’établissements inspirent à Moody’s des doutes sur la solidité du système bancaire. La mise en place de l’Agence nationale de gestion d’actifs (NAMA), qui a pour mission de racheter aux banques irlandaises des dizaines de milliards d’euros de prêts risqués qu’elles avaient accumulés avant la crise du crédit, déplaît à Moody’s. Pour cause : cette banque publique est une banque de défaisance, elle rachète les créances douteuses, c’est une « banque pourrie».

Voilà donc l’Irlande atteinte par les conséquences brutales de l’orgie de crédits qui avait présidé à sa fulgurante croissance économique. Elle est désormais dans le collimateur des agences. Ce pourrait être bientôt le tour de la Grande-Bretagne, menacée par une sévère crise obligataire. En outre, des États-Unis est venue aujourd’hui une autre mauvaise nouvelle : en juillet, la confiance des promoteurs immobiliers américains a plus reculé que prévu, descendant à son plus bas niveau depuis avril 2009. Cette chute brutale résulte de l’expiration, en avril dernier, d’un crédit d’impôt destiné à soutenir le secteur, selon l’enquête mensuelle de la National Association of Home Builders (NAHB).
Quand on retire au malade sa perfusion, il s’effondre à nouveau. L’indice NAHB/Wells Fargo du marché résidentiel est descendu à 14 (2 points de perdus), alors que les économistes interrogés par Reuters avaient anticipé un repli moins important, à 16. Pour juin, l’indice, initialement estimé à 17, a été révisé à 16. Les ondes de choc de l’éclatement de la bulle immobilière américaine continuent à se propager…

L’Occident est surendetté. Ses bulles de crédit éclatent en une réaction en chaîne. La course occidentale au surendettement était au cœur du dispositif financier mondial. Aussi ce dernier est-il menacé d’effondrement par la crise de la dette occidentale.

Pour ce qui est des mauvaises nouvelles sur la croissance mondiale, la journée d’hier a prolongé celle d’avant-hier. Elles provenaient des États-Unis. Les chiffres d’affaires publiés par General Electric et Bank of America ont déçu. Mais surtout, les prix à la consommation ont diminué de 0,1% en juin aux USA : c’est leur troisième repli mensuel consécutif, soit la série la plus longue depuis la période octobre-décembre 2008. Les analystes prévoyaient une stabilisation.
Cette tendance déflationniste devrait se confirmer, vu que le moral des ménages américains est en berne : l’indice de confiance du consommateur Reuters-Université du Michigan a chuté à 66,5 en juillet en première estimation, au plus bas depuis août 2009, contre 76 en juin et 74,5 escompté par le marché.
La main de fer de la déflation commence à étrangler l’économie américaine. L’éclatement de la bulle de dettes provoque la déflation : c’est la grande liquidation des dettes. Aussi les politiques de faibles taux d’intérêt et de relance par la dette souveraine n’empêchent-elles pas la dépression économique, caractérisée par une production industrielle en baisse, des faillites en cascade, un chômage envahissant. Les États-Unis emboitent le pas au Japon, déflationniste depuis de nombreuses années.

Le vent qui gonfle les voiles de la reprise économique mondiale continue de faiblir, comme en témoignent les statistiques américaines et chinoises publiées hier. L’effet des politiques de relance s’émousse avec une rapidité inquiétante.
La Fed a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour 2010 : la croissance, en glissement annuel – du quatrième trimestre 2009 au quatrième trimestre 2010 – ne serait que de 3% à 3,5% au lieu de 3,2% à 3,7% comme elle le prévoyait en avril dernier. La Fed a revu à la hausse ses prévisions de chômage : entre 8,3% à 8,7% fin 2011 au lieu d’une fourchette de 8,1% à 8,5% envisagée au printemps dernier. Depuis décembre 2007, l’économie américaine a perdu 5% de sa force de travail. Ces pertes d’emplois sont les plus intenses qu’aient endurées les USA depuis la Seconde Guerre mondiale. Ces statistiques décevantes laissent présager une chute de la consommation des ménages et du marché immobilier.
La production industrielle aux États-Unis a progressé de 0,1% en juin 2010 après un bond de 1,3% en mai, d’après la Fed. Les économistes interrogés par Reuters s’attendaient à une baisse de 0,1% en moyenne. On s’attend à un ralentissement de l’activité industrielle en juillet. L’indice des conditions d’activité industrielle de la Fed de Philadelphie (indice Phily Fed) est ressorti à 5,1 au mois de juillet contre 10 attendu et 8 au mois de juin. L’indice d’activité manufacturière régionale « Empire State » de la Fed de New York est ressorti à 5,1 seulement sur le mois de juillet 2010, contre un consensus de 18 environ.

La Chine ralentit elle aussi. Le produit intérieur brut (PIB) chinois a progressé de 10,3% en rythme annuel au deuxième trimestre contre une croissance de 11,9% enregistrée sur les trois premiers mois de l’année. Ce chiffre est légèrement moins élevé que les 10,5% de hausse attendus en moyenne par les économistes. La production manufacturière a reculé à 13,7% sur un an en juin, après avoir atteint 16,5% le mois précédent et alors que les analystes anticipaient une croissance de 15,3%. C’est le premier recul mensuel en données corrigées des variations saisonnières depuis novembre 2008. Les ventes au détail ont également ralenti en passant de +18,7% en mai à +18,3% en juin, tandis que la progression des investissements dans les zones urbaines est dans le même temps passée de 25,9% à 25,5%.

Décidément, le ciel de la reprise économique mondiale ne cesse de s’obscurcir…
Cette reprise aura été une deuxième vague "de correction" faiblement haussière après une première vague baissière. La faible intensité de cette hausse (en disproportion avec les politiques de relance massives mises en œuvre) laisse présager une troisième vague vertigineusement baissière, portant la crise à un paroxysme terrifiant. Les électrochocs des plans de relance ne suffisent pas à remettre sur pied une économie mondiale atteinte dans ses forces vives.

Le 5 mai dernier, l’agence de notation financière Moody’s annonçait qu’elle envisageait de baisser la note du Portugal. C’est fait : aujourd’hui, elle l’a rétrogradée de deux crans (de AA2 à A1) en raison de l’endettement public de ce pays et de ses faibles perspectives de croissance malgré les réformes entreprises. Moody’s a déclaré s’attendre à une détérioration « pour au moins deux ans encore » des paramètres de la dette, dont le poids par rapport au Produit intérieur brut (PIB) devrait atteindre 90% avant de se stabiliser. Moody’s a emboîté le pas à une autre agence de notation, Standard & Poors : celle-ci avait abaissé de deux crans la note souveraine du Portugal, de A+ à A- (avec une perspective négative) le 27 avril dernier.

« Il est probablement opportun de ne pas avoir un oligopole mondial de trois agences », a déclaré Jean-Claude Trichet, le patron de la Banque centrale européenne (BCE) dans une interview publiée par le journal Libération aujourd’hui. Ces propos visent les trois agences qui comptent au niveau mondial: Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch Ratings. Elles sont officiellement reconnues par le gouvernement américain. Moody’s et Standard & Poors sont américaines. Fitch, née américaine, est un cas particulier : elle a été rachetée par un holding français, Fimalac (acronyme de Financière Marc de Lacharrière). Sur ces trois agences pèse la suspicion d’émettre des notes favorisant les intérêts financiers anglo-saxons au détriment notamment des pays européens. Elles sont accusées d’avoir mis de l’huile sur le feu de la crise des pays de l’Europe du Sud.

Les tenants de cette thèse souhaitent la création d’une agence de notation européenne pour faire contrepoids à ces trois-là. Cette agence européenne noterait sans doute les risques souverains de l’Europe du Sud de façon plus indulgente que ne le font les trois « anglo-saxonnes ». Mais elle serait susceptible de considérer d’un œil plus sévère les risques souverains de pays tels que la Grande-Bretagne ou les États-Unis, enfoncés dans le surendettement par leurs politiques de relance. En révélant les dysfonctionnements de certains pays anglo-saxons, elle accélèrerait sans doute leur plongée dans la crise souveraine, que leur surendettement rend inévitable, tôt ou tard…

La banque centrale américaine (Fed) maintient grandes ouvertes les vannes du crédit par des taux d’intérêt faibles. Mais cet argent entretient l’hyperfinanciarisation de l’économie au lieu d’alimenter l’économie réelle. C’est pourquoi le président de la banque centrale américaine (Fed), Ben Bernanke, a jugé « crucial » pour la reprise économique que les petites et moyennes entreprises (PME) américaines obtiennent plus facilement des crédits.

Les PME (moins de 500 salariés) assurent 60% des créations d’emploi aux États-Unis. Mais Bernanke constate qu’il leur est très difficile d’emprunter auprès des banques, rendues prudentes par la crise financière. Il a appelé les banques à assouplir leur politique de crédit aux entreprises.
C’est bien là que le bât blesse : la politique gouvernementale de relance par le crédit n’a pas conduit à une reprise économique saine. Les fondamentaux ne se régénèrent pas. Le système économique reste prisonnier de son addiction aux bulles spéculatives et le crédit n’alimente que très insuffisamment les activités productives, celles de l’économie réelle. Une véritable reprise économique ne sera possible que sur de nouvelles bases.
Par ces déclarations, Bernanke dresse le constat d’échec de la politique de relance dont il est un acteur de premier plan. Il est dans la situation d’une mouche qui se cogne contre une vitre…

Les prévisions de croissance ralentie émises par plusieurs organismes de statistiques européens pour le deuxième semestre ne sont pas de nature à rassurer le président Obama : celui-ci, au G20 de Toronto, avait accusé les plans d’austérité européens de faire courir un risque de refroidissement à la reprise économique mondiale.

Eurostat a confirmé que la croissance du PIB des 16 pays de la zone euro s’est établie à 0,2% du PIB au premier trimestre et table sur 0,4% au deuxième trimestre. Mais cet institut prévoit que la reprise européenne pourrait ralentir du fait des mesures d’assainissement des finances publiques mises en œuvre dans la plupart des pays de la zone.

Ce pessimisme est partagé par l’INSEE en France, l’institut de conjoncture IFO en Allemagne et l’ISAE (Instituto di Studi e Analisi Economica) en Italie : ils estiment à 0,5% la croissance de la zone euro pour le deuxième trimestre mais ils prévoient une croissance de 0,3% au troisième trimestre et 0,2% au quatrième trimestre. Ils voient dans cette descente la conséquence de la fin des mesures fiscales de soutien, des plans de consolidation budgétaire et du resserrement des conditions de distribution des crédits…

Les trois instituts prévoient que la consommation des ménages de la zone euro progressera de seulement 0,1 % au cours des deuxième, troisième et quatrième trimestre. Ils incriminent « la disparition des mesures de soutien, un fort taux de chômage et une hausse de l’épargne de précaution ».

Tous trois annoncent que la reprise de l’investissement des entreprises restera « modeste ». Après une légère embellie au deuxième trimestre (+ 1 %), sa progression ralentira au cours des deux trimestre suivants à + 0,4 % parce que « les capacités de production sont encore sous-utilisées et les conditions de crédit sont restrictives ».

Cette perspective de décélération européenne n’est pas une bonne nouvelle pour les exportateurs américains, ni pour ceux des pays émergents…

L’annonce faite hier soir aux députés par François Baroin, ministre du Budget, a sonné comme un glas : la charge de la dette, c’est-à-dire le paiement annuel par l’État des intérêts de ses emprunts, sera son premier poste budgétaire en 2013. Elle passera de 44 milliards d’euros en 2010 à 57 milliards d’euros en 2013. Jusqu’à présent, elle occupait la deuxième position, derrière l’Éducation nationale et devant la Défense nationale. Elle trônera alors à la première place.

Au 31 mars 2010, la dette publique est passée à 1 535 milliards d’euros, 80% du PIB : c’est un seuil au delà duquel le processus d’endettement n’est plus guère maitrisable, selon de nombreux économistes. Le mois dernier, François Fillon a annoncé un plan pour ramener le déficit à 3% dès 2013. Pour cela, le Premier ministre a prévu une réduction de 100 milliards d’euro du déficit public, obtenue par une réduction des dépenses de 45 milliards, le reste correspondant à une augmentation des recettes.

Ce plan est très optimiste : il table sur une croissance de 2,5% en 2011 et 2012. Mais la croissance économique mondiale donnant des signes d’essoufflement, cette prévision de 2,5% semble de plus en plus chimérique. Une croissance plus faible que celle prévue par le plan gouvernemental alourdira le poids de la dette par rapport au déficit.

Trop peu, trop tard, une fois de plus…

Lire l’article du site lecri.fr intitulé "La charge de la dette sera le premier poste budgétaire en 2013".

La crise économique mondiale retentit sur la géopolitique. Elle défait certains liens et les remplace par d’autres. Au Moyen Orient, elle détricote le réseau d’alliances installé par Washington au sortir de la Deuxième Guerre mondiale puis de la Guerre froide. La dislocation du système géopolitique américain vient de franchir un seuil : la Turquie, alliée des États-Unis et pilier de l’OTAN au Moyen Orient, claque la porte au nez d’un autre allié des États-Unis : Israël.

Aujourd’hui, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, la Turquie a menacé I’État hébreu d’une rupture des relations s’il ne s’excusait pas pour son raid du 31 mai dernier contre la flottille d’aide pour Gaza qui avait fait neuf morts turcs. La Turquie, qui a rappelé son ambassadeur, a annoncé avoir fermé son espace aérien à l’aviation militaire israélienne. La mesure pourrait être étendue à l’aviation civile. « Israël ne s’excusera jamais pour avoir défendu ses habitants », a répondu le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Ce dernier avait déjà signifié lui-même, vendredi dernier, le refus israélien de s’excuser.

La Turquie réclamait jusqu’à présent la création d’une commission d’enquête internationale et indépendante pour enquêter sur l’affaire de la flottille. Aujourd’hui, Davutoglu est apparu plus souple au sujet d’une commission créée par Israël pour lancer sa propre enquête : « Si cette commission conclut que le raid était injuste et s’ils s’excusent, cela serait aussi suffisant ». Israël ne peut évidemment pas accepter cela… Autre exigence formulée par le chef de la diplomatie turque : le paiement de compensations pour les familles des neuf victimes de l’assaut. Les Turcs veulent aussi la libération des trois navires turcs saisis pendant l’opération contre la flottille. Et, surtout, la fin du blocus de Gaza.

Cet épisode s’inscrit dans la perspective d’une tension croissante entre Ankara et Tel-Aviv depuis l’opération « Plomb durci » menée par l’armée israélienne à Gaza fin 2008-début 2009 pour neutraliser les tirs de roquettes et de missiles du Hamas. Les imprécations du Premier ministre turc Tayyip Recep Erdogan contre le président israélien Shimon Perez à Davos en janvier 2009 furent un éclatant signe de discorde.

Autre symptôme : les couacs dans la coopération militaire entre la Turquie et Israël. En 1996, tous deux avaient signé un accord militaire – vivement critiqué par la plupart des pays arabes et l’Iran – prévoyant un entraînement de leurs aviations dans leurs espaces aériens respectifs. L’exercice Anatolian Eagle (Aigle d’Anatolie), prévu du 18 au 23 octobre 2009, fut annulé à la suite de la décision de la Turquie d’en exclure Israël qui entraina le retrait – par solidarité – des États-Unis et d’autres pays de l’Otan, tels que l’Italie. Motif avancé par Ankara : l’opinion turque, heurtée par l’expédition militaire menée par Israël dans la bande de Gaza à la fin de l’année précédente, ne comprendrait pas que les deux armées s’entraînent ensemble. Et voilà que la Turquie vient d’exclure Israël des manœuvres aériennes internationales Anatolian Eagle programmées du 7 au 18 juin 2010 dans son ciel avec la participation des États-Unis, des Émirats arabes unis, de l’Italie, de l’Espagne et de l’Otan… Cela confirme la décision annoncée cette semaine par le gouvernement turc d’exclure Israël de trois manœuvres militaires conjointes. Dimanche, les soldats israéliens ont reçu ordre de ne plus se rendre en Turquie, que ce soit en mission ou pour raisons « privées » (la Turquie était l’un des destinations favorites des touristes israéliens ces dernières années.

Cette rupture d’alliance est un coup très dur pour Israël qui considérait jusque-là la Turquie comme un allié stratégique de toute première importance. Le vaste espace aérien turc était précieux pour l’entraînement de son aviation. Ces exercices se déroulaient notamment près des frontières de l’Iran et de la Syrie, voisins les plus hostiles de l’État hébreu. Les pilotes israéliens faisaient des simulations d’attaques contre des systèmes de défense antiaériens comme ceux qui protègent les installations nucléaires iraniennes, ou des exercices de ravitaillement en plein vol pour des missions à longue distance. Les services de renseignement des deux pays s’échangeaient des informations. Israël faisait d’importantes ventes d’armes à la Turquie. La Turquie est un gros partenaire économique d’Israël (tourisme, immobilier…)

La détérioration de ses relations avec la Turquie inquiète Israël au plus haut point. La neutralité bienveillante d’Ankara lui serait plus que jamais utile dans l’épreuve de force engagée avec l’Iran. Les relations avec l’Égypte et la Jordanie, les deux seuls pays arabes entretenant des relations diplomatiques avec l’État hébreu, se sont très nettement refroidies. Les efforts américains pour convaincre des pays du Golfe de faire un geste envers Israël ont été vains. Du côté palestinien, rien de nouveau non plus. Israël se retrouve de plus en plus isolé dans la région.

Associée au bloc atlantique durant la guerre froide par Kemal Atatürk, fondateur de l’État nation turc et défenseur de la laïcité, la Turquie a été alliée à Israël dès la création de cette dernière. Mais, ces dernières années, elle a relégué son alliance stratégique avec Israël au second plan au profit d’un rapprochement avec l’Iran, l’Irak, la Syrie, ou d’autres pays du monde arabe. Et elle a développé son influence dans ses anciennes possessions impériales d’Asie centrale, du Caucase, d’Afrique du Nord et des Balkans : c’est le panturquisme, nourri des réminiscences de l’empire ottoman. Depuis qu’en 2002, l’AKP [le parti de la Justice et du développement, d’obédience islamiste] est arrivé au pouvoir, la Turquie tente de se positionner à l’échelle internationale comme une puissance musulmane. C’est pourquoi elle se détache de l’Occident. L’armée turque, traditionnel rempart de la laïcité, était garante de l’alliance avec Israël et l’Occident. Mais elle a été politiquement neutralisée par l’AKP.

La trajectoire musulmane de la Turquie finira par rompre complètement ses liens avec Israël, ainsi qu’avec l’Occident. Unique puissance musulmane de l’OTAN, elle en sortira tandis qu’Israël y entrera conformément à ses vœux : au cours de ces dix dernières années, Israël et l’OTAN se sont rapprochés. Les forces israéliennes sont de plus en plus associées aux manœuvres de l’OTAN. Les services de renseignement israéliens coopèrent avec ceux de l’OTAN. Fin 2006, Israël a obtenu un "accord de partenariat" avec l’OTAN. Le terrorisme islamiste fait peser une menace commune sur les pays de l’OTAN et Israël, poste avancé de l’Occident en terre d’islam.

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