Le 5 mai dernier, l’agence de notation financière Moody’s annonçait qu’elle envisageait de baisser la note du Portugal. C’est fait : aujourd’hui, elle l’a rétrogradée de deux crans (de AA2 à A1) en raison de l’endettement public de ce pays et de ses faibles perspectives de croissance malgré les réformes entreprises. Moody’s a déclaré s’attendre à une détérioration « pour au moins deux ans encore » des paramètres de la dette, dont le poids par rapport au Produit intérieur brut (PIB) devrait atteindre 90% avant de se stabiliser. Moody’s a emboîté le pas à une autre agence de notation, Standard & Poors : celle-ci avait abaissé de deux crans la note souveraine du Portugal, de A+ à A- (avec une perspective négative) le 27 avril dernier.
« Il est probablement opportun de ne pas avoir un oligopole mondial de trois agences », a déclaré Jean-Claude Trichet, le patron de la Banque centrale européenne (BCE) dans une interview publiée par le journal Libération aujourd’hui. Ces propos visent les trois agences qui comptent au niveau mondial: Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch Ratings. Elles sont officiellement reconnues par le gouvernement américain. Moody’s et Standard & Poors sont américaines. Fitch, née américaine, est un cas particulier : elle a été rachetée par un holding français, Fimalac (acronyme de Financière Marc de Lacharrière). Sur ces trois agences pèse la suspicion d’émettre des notes favorisant les intérêts financiers anglo-saxons au détriment notamment des pays européens. Elles sont accusées d’avoir mis de l’huile sur le feu de la crise des pays de l’Europe du Sud.
Les tenants de cette thèse souhaitent la création d’une agence de notation européenne pour faire contrepoids à ces trois-là. Cette agence européenne noterait sans doute les risques souverains de l’Europe du Sud de façon plus indulgente que ne le font les trois « anglo-saxonnes ». Mais elle serait susceptible de considérer d’un œil plus sévère les risques souverains de pays tels que la Grande-Bretagne ou les États-Unis, enfoncés dans le surendettement par leurs politiques de relance. En révélant les dysfonctionnements de certains pays anglo-saxons, elle accélèrerait sans doute leur plongée dans la crise souveraine, que leur surendettement rend inévitable, tôt ou tard…
13 juillet 2010 at 21 09 26 07267
Il y a pourtant un moyen de ne pas avoir à craindre une dégradation de la note de sa dette souveraine : c’est de ne pas s’endetter. Le Canada a été relativement vertueux depuis le début de la crise, et on n’entend pas de rumeur sur une possible dégradation de sa note.
13 juillet 2010 at 22 10 02 07027
Il n’y a pas de mauvaise note souveraine sans surendettement des Etats, comme le montre l’exemple canadien que vous invoquez. Mais il peut y avoir surendettement des Etats sans mauvaise note souveraine. Soit parce que les agences de notation jugent importante la capacité de redressement du pays, soit parce qu’elles préfèrent regarder ailleurs.
13 juillet 2010 at 22 10 28 07287
Nous sommes bien d’accord là-dessus : il est en effet très contestable que les trois agences de notation soient situées dans le principal pays débiteur du monde. Cela dit, les projets alternatifs sont soit une agence placée sous la férule de l’Union européenne (proposition du Commissaire européen au Marché intérieur, Michel Barnier), soit une agence semi-publique sous la tutelle du FMI (proposition du président de l’Autorité des marchés financiers, Jean-Pierre Jouyet).
Cela ne ferait, dans les deux cas, que renforcer les travers des agences de notation : des acteurs soumis aux pressions des principaux émetteurs de dettes.
13 juillet 2010 at 23 11 28 07287
Personnellement ce que je trouve étrange c’est que les banques ne crée pas une agence autonome et indépendante.
Pour elles l’information est vitale …
Et entre les conflits d’intérêt des agences de notation, comme dit justement “soumis aux pressions des principaux émetteurs de dettes.”, mais aussi agence payé en fonction de la vente du titre noté !
personnellement je me hâterais de trouver une autre solution pour avoir une évaluation objective de l’état d’un titre.
14 juillet 2010 at 12 12 20 07207
@Borisniper: toutes les banques ont des systèmes d’évaluation internes. Il existe de nombreux systèmes de credit rating indépendants – La Coface, diverses banques centrales d’asie, etc…
le problème est que les réglementations “bale” et “solvency” rendent obligatoire l’évaluation des actifs par une agence agréée, et que pour toute boite voulant évoluer sur le premier marché financier du monde, l’agrément est américain. Or sur les 7 agences qui ont obtenu le sésame depuis 75 (depuis que la réglementation existe), 4 ont disparu (rachetées par les 3 survivantes).
Le problème, c’est bâle et solvency. Supprimez les et vous contraindrez les ACHETEURS et non des agences payées par les EMMETTEURS de dette à évaluer le risque représenté par les émetteurs.
14 juillet 2010 at 15 03 08 07087
Ce cercle fermé témoigne des relations incestueuses entre Etat et finance. Les trois principales agences de notation ont été agrées par la Securities and Exchange Commission (SEC), l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers institué en 1934 par le Congrès en réponse à la crise de 29. L’Etat fédéral influence le contrôle de la dette souveraine. C’est aussi lui qui fabrique, par le biais de la politique monétaire de la Fed, les bulles spéculatives à l’origine de la crise. La crise économique et financière est celle de l’Etat faux monnayeur.
14 juillet 2010 at 21 09 59 07597
@ Mr Bernard,
merci vous m’apprenez quelque chose d’intéressant ici.
Je vais aller me documenter et réfléchir a cela.