La révolte égyptienne s’amplifie. Les ardeurs répressives de Moubarak sont réfrénées par ses soutiens occidentaux, dont Washington, son premier bailleur de fonds. Rien n’arrêtera donc la révolte populaire.
En juin dernier, des manifestations de grande ampleur secouaient l’Iran à la suite de la réélection du président Ahmadinejad. Les médias occidentaux célébraient le printemps de la démocratie iranienne. Mais, contrairement à leurs prévisions, le régime des mollahs vint à bout de la révolte par la terreur : enlèvement des meneurs à 6 heures du matin chez eux, suivi de viols, tortures et exécutions à grande échelle en prison. Le régime des mollahs n’avait aucun compte à rendre aux Occidentaux… Celui de Moubarak, oui. La répression ne semble pas se porter aux extrêmes : elle a fait à ce jour près d’une centaine de morts, ce qui n’est pas énorme pour un pays de 80 millions d’habitants entré en convulsions.
Aussi la révolte perdure-t-elle. Moubarak semble en sursis. Il a nommé un vice-président, le général Omar Souleiman, et il a chargé un autre général, Ahmed Chafik, de former un nouveau gouvernement : des mesures cosmétiques. Les Frères musulmans (islamistes) scrutent l’évolution des évènements pour tirer les marrons du feu, plus tard. Pour l’instant, ils se font discrets. L’armée étant majoritairement composée d’appelés, ils l’infiltrent depuis longtemps. Les officiers eux-mêmes passent de plus en plus sous leur influence. Déjà, en 1981, Sadate tombait sous leurs balles et grenades.
L’Égypte est donc vouée à être gouvernée par les islamistes dans les prochaines années, à la faveur de la crise économique. À qui le tour ? L’Algérie ? La Jordanie ? L’ Arabie Saoudite ?
Nombreux sont les commentateurs occidentaux qui parlent de "printemps des peuples" arabo-musulmans, comme il y eut un printemps des peuples européens en 1848. Ils entendent par là qu’un printemps des démocraties succède à l’hiver des despotismes. Oui, il y a un printemps des peuples arabo-musulmans, mais il sera suivi d’un été islamiste…
2011 janvier
29 janvier 2011
Égypte : la répression sans la terreur
Posted by Laurent Artur du Plessis under Égypte | Tags: Ahmadinejad, Algérie, Arabie Saoudite., Égypte, démocratie, Frères musulmans, islamistes, Jordanie, mollahs, Moubarak, Sadate, Washington |[4] Comments
17 janvier 2011
La Tunisie ouvre la série des chutes de régime
Posted by Laurent Artur du Plessis under Tunisie | Tags: Égypte, émeutes, Ben Ali, Ennahda, Iran, Islamisme, laïcité, Rached Ghannouchi, révolution de Jasmin, Saddam Hussein, Tunisie |[17] Comments
La chute soudaine de Zine el-Abidine Ben Ali a réjoui la majorité de médias occidentaux. Ils saluent « la révolution de Jasmin », comme ils avaient applaudi celle de 1979 ayant destitué le shah d’Iran. Ils célèbrent la chute d’un despote et ce qu’ils croient être l’avènement de la démocratie.
Ils ne voient pas que la disparition de ces régimes ouvre la boîte de Pandore de l’islamisme. Celui des mollahs est engagé dans une course à l’armement nucléaire susceptible de déclencher une émulation dans tout le Moyen-Orient. La chute de Saddam Hussein, consécutive à la guerre de 2003, a ouvert un boulevard aux partis islamistes. Aussi la laïcité a-t-elle fortement reculé en Irak, où les chrétiens sont persécutés.
La disparition soudaine du régime Ben Ali intervient dans le contexte de la crise économique mondiale, dont elle est une conséquence. L’augmentation des prix alimentaires (surtout le sucre et les oléagineux) a déclenché les émeutes. Cette inflation résulte en grande partie de la formation de bulles spéculatives sur les matières premières. Avec un fort impact sur une population dont 40,8% a moins de 25 ans et qui ploie sous un chômage à 14,7%. Vu le trend haussier du blé, il faut s’attendre à une aggravation de la crise alimentaire : la farine est vitale.
Voici ce petit pays de 10,5 millions d’habitants, jusques-là considéré comme un oasis de stabilité par les investisseurs et touristes étrangers, plongé dans le chaos, malgré les progrès économiques des dernières décennies. De quoi faire fuir les uns et les autres…
Dans un climat de reprise mondiale flageolante hypothéquée notamment par le surendettement de nombreux États, l’économie tunisienne est vouée à aller de dégringolade en dégringolade : une aubaine pour les islamistes.
Déjà, Rached Ghannouchi, chef en exil du parti islamiste Ennahda (qui avait remporté 22% des suffrages aux élections de 1989 et avait été interdit) annonce son retour au pays. La désorganisation des forces politiques en présence ne peut que favoriser l’essor des islamistes. Une surenchère entre eux est à prévoir.
Toujours à cause du prix des denrées alimentaires, l’Algérie est, elle aussi, en proie aux troubles, malgré sa rente pétrolière. Les moins de 25 ans constituent 45,6% de sa population, qui est de 35,5 millions d’habitants. L’affrontement des années 90 avec les islamistes avait fait de 100 000 à 200 000 morts. À partir de la Tunisie, un effet domino ne saurait manquer de s’exercer sur l’Algérie. Et sur l’Égypte, peut-être à la faveur de la succession du vieux président Moubarak.
Plus largement, de nombreux pays arabes, comme le Maroc ou la Jordanie, seront atteints par la vague du fondamentalisme islamique, sur fond de chômage, de trop plein démographique et de pauvreté galopante. Ce sera les moissons islamiques de la crise économique. Il faudrait une puissante reprise économique mondiale pour enrayer ce processus. Elle n’est pas en vue, loin de là.
