Hors contrôle et proche de son paroxysme, la crise économique dope les extrémismes et catalyse la Troisième Guerre mondiale comme la crise de 1929 le fit de la précédente. Déjà, les orages de la guerre tonnent du Sahel à la mer de Chine en passant par les Proche et Moyen Orients.

La guerre civile syrienne contamine les pays voisins. Tout près d’avoir l’arme atomique malgré l’embargo économique, l’Iran va au devant d’un bombardement israélo-américain. Il est l’épicentre d’un affrontement entre le chiisme, appuyé par la Russie et la Chine, et le sunnisme adossé aux pétromonarchies du Golfe, à la Turquie, à l’Occident. L’hégémonisme régional iranien y sombrera.

Aujourd’hui, le sunnisme fait cause commune avec l’Occident contre "l’arc chiite". Demain il se retournera ouvertement contre son grand allié sous l’impulsion de l’intégrisme religieux financé par les pétromonarchies du Golfe, qui aura accaparé les appareils d’Etat par les urnes ou la terreur. Le djihad sunnite se déploie déjà en Afrique, devenue une base arrière.

Le conflit islam-Occident happera le reste du monde. Une guerre indo-pakistanaise enflammera l’Asie. L’Occident et ses alliés, le Japon et l’Inde, affronteront la Chine et l’islam. La Russie pourrait quitter le camp antioccidental pour bâtir une forteresse continentale avec l’Europe. C’est un enjeu vital pour celle-ci, qui brade ses budgets militaires alors que les forces américaines s’éloignent vers le Pacifique.

Un terrorisme à fort pouvoir destructeur adossé aux appareils d’Etat et l’emploi d’armes de destruction massive caractériseront la Troisième Guerre mondiale.

Lien pour acheter cet ouvrage en ligne : http://www.editionsjcgodefroy.fr/collection.php?id=14&id_ouvrage=125

Il est impossible aux forces occidentales engagées en Libye d’éviter les bavures : le 1er avril, 9 rebelles et 4 civils tués par l’aviation occidentale qui a essuyé des tirs de joie de mitrailleuse à balles traçantes : le 7 avril, 2 insurgés tués et une dizaine de blessés, un char rebelle ayant été détruit par l’aviation occidentale qui l’a pris pour un blindé des forces loyales à Kadhafi. En outre, les tirs de missiles sur les centres de communication et autres installations stratégiques de l’armée de Kadhafi, souvent situés au cœur des villes, ont forcément fait des victimes parmi les civils du proche voisinage.

Les civils, boucliers humains

Des bavures, il pourrait y en avoir beaucoup plus, vu les conditions de cet engagement militaire. D’autant que les forces de Kadhafi se sont adaptées, en se déplaçant avec des 4×4 Toyota semblables à ceux des insurgés et des véhicules civils. Leurs chars roulent la nuit. Les militaires loyalistes se font souvent accompagner de civils qui leur servent de boucliers humains. Il est d’autant plus difficile pour l’aviation occidentale d’identifier ses cibles qu’elle ne peut voler à basse altitude à cause des tirs possibles de missiles sol-air. Les militaires kadhafistes s’embusquent dans les villes, au milieu des civils. Leurs chars et leurs camions lance-roquettes sont embossés dans des cours, des ruelles. Les hélicoptères, qui pourraient les attaquer avec précision, ne peuvent cependant pas être utilisés car ils seraient vulnérables aux mitrailleuses doubles ou quadruples de calibre 13,87 millimètres de fabrication russe, aux lance-grenades antichars portatifs…

Faire la guerre, mais pas à fond

Voilà l’impossible mission du « soldat de la paix » : il doit faire la guerre, mais pas à fond. Aussi la fait-il mal. Faire la guerre à fond implique forcément des bavures sur les civils et aussi les combattants alliés. Cela implique aussi l’engagement de troupes au sol (pas seulement des forces spéciales) pour compléter l’action aérienne. Aussi le conflit libyen s’enlise-t-il. Les rebelles, inexpérimentés, inorganisés et mal armés, piétinent.

Soldat de la paix : un concept chimérique

Cela fait écho au conflit afghan, en ce sens que les forces occidentales y sont, là aussi, handicapées par les impératifs de la guerre humanitaire. Chaque « dommage collatéral » y est monté en épingle par les talibans et le gouvernement Karzaï. Les insurgés utilisent fréquemment les villageois comme boucliers humains. D’où une extrême retenue des Occidentaux dans la conduite de leurs opérations aériennes et terrestres qui en réduit l’efficacité.
L’Occident ne pourra pas continuer éternellement à se lancer dans des guerres – fort coûteuses – en se liant les mains. En ces temps de crise économique et de multiplication des conflits, le concept de soldat de la paix est appelé à être remis en question. C’est un concept chimérique, en forme d’oxymore – un soldat a vocation à faire la guerre – qui deviendra de plus en plus inapplicable.

Les commentateurs occidentaux parient volontiers sur la victoire des démocrates contre les islamistes, en Égypte comme dans le reste du monde arabo-musulman qui entre en convulsions. Dans un premier temps, il n’y aura pas d’opposition marquée entre islamistes et démocrates. Les islamistes réclament des élections libres, en Égypte comme dans tous les pays musulmans où ils sont aux prises avec des régimes dits « pro-occidentaux ». Ils savent que, chaque fois que des élections sont organisées dans un pays musulman en les laissant tenter leur chance, ils remportent de grands succès, à quelques exceptions près qui confirment la règle. Le premier coup de tonnerre électoral des islamistes retentit en Algérie en 1990, avec le Front islamique du salut (FIS) qui remporta les élections locales avec 54 % des voix. En 1991, le FIS remporta le premier tour des élections à l’assemblée nationale algérienne avec 231 sièges sur 430. Le gouvernement algérien annula les élections par un coup d’État militaire, anticipant une victoire du FIS et craignant que ce dernier instaure une république islamique. Immédiatement, les islamistes commencèrent une lutte armée contre le gouvernement et ses partisans.
En Irak, les Américains en décidèrent autrement : les élections de 2005 ont ouvert les allées du pouvoir aux partis religieux. Devenus partis de gouvernement par les voies démocratiques ouvertes par la coalition, ils ont entrepris d’installer la charia (la loi islamique) dans le pays : fermeture des débits de boissons, extension du pot du voile, érosion des droits des femmes en matière de divorce et de succession, persécution des minorités chrétiennes… Les totalitarismes se tapissent volontiers dans les fourgons de la démocratie pour accéder au pouvoir. Hitler fut d’abord plébiscité par le peuple allemand. De l’Atlantique au Pacifique, les islamistes veulent des élections libres quand ils sont confrontés à des gouvernements qui leurs sont plus ou moins hostiles.

L’islam n’admet pas la séparation du Politique et du Religieux

On cite volontiers l’AKP (le Parti pour la justice et le développement) au pouvoir en Turquie depuis 2002, comme parti islamiste jouant le jeu démocratique. Certes, il le joue ! Recep Tayyip Erdogan, qui est un génie politique, utilise les « critères de Copenhague », c’est-à-dire le processus de démocratisation imposé par Bruxelles aux pays candidats à l’intégration dans l’Union européenne, pour éradiquer le pouvoir politique de l’armée, gardienne de la laïcité kémaliste. À quelle fin ? Réislamiser la Turquie, ce qui signifie abolir la (relative) séparation du Politique et du Religieux instituée par le despote éclairé Kemal Atatürk au sortir de la Première Guerre mondiale. Erdogan est en passe d’y arriver, appuyé qu’il est par la jobardise occidentale.
Les Occidentaux ne savent pas que tout parti fondamentaliste islamique est fidèle à un dogme central de la théologie musulmane, chiite comme sunnite : le Politique et le Religieux ne doivent faire qu’un. Pas de sphère privée. Pas de ces libertés publiques inhérentes à la démocratie occidentale : liberté de culte, d’association, habeas corpus… La taqqyia (mensonge) fait partie des stratagèmes préconisés par les textes religieux pour parvenir à faire triompher l’islam. Aucune réforme de fond de la théologie musulmane n’a remis en question l’interdiction de séparer le Politique et le Religieux. C’est pourquoi mettre dans la même catégorie les chrétiens-démocrates (« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César », disent les Évangiles) et les islamo-démocrates relève d’une méconnaissance totale des corpus doctrinaux de l’islam, quand ce n’est pas d’un souci de masquer la réalité.
La démocratie, les islamistes savent s’en servir pour arriver au pouvoir. En Égypte, les Frères musulmans avancent à pas feutrés, soucieux de ne pas effrayer : la révolution bourgeoise remplit très bien son office en détrônant Moubarak. Ils sauront lui confisquer le pouvoir, le moment venu.
Cela donnera un affrontement entre démocrates épris de liberté et islamistes ? Ce sera le pot de terre contre le pot de fer. Les plus féroces l’emporteront par la terreur. Ce ne sera pas les démocrates, peu enclins à la violence et désarmés par l’Occident droit-de-l’hommiste. En outre, l’armée, majoritairement composée d’appelés, est de plus en plus infiltrée par les islamistes.

La crise économique, meilleure alliée des islamistes

Les révolutions arabo-musulmanes arrivent en pleine crise économique. Elles en sont, en partie, la conséquence : hausse des prix alimentaires, chômage… La crise économique entre dans une deuxième phase : la faillite des États surendettés. Il est vain d’anticiper l’avenir de l’intégrisme islamiste en le découplant des développements à venir de la crise économique. C’est pourtant ce que font la plupart des spécialistes du monde musulman, généralement dépourvus de culture économique, ou bien tributaires d’analyses économiques erronées. On ne saurait bien prévoir sans interdisciplinarité.
La crise systémique qui affecte l’économie mondiale la mène vers de nouveaux abîmes. Ce sera un facteur décisif pour faire pencher la balance en faveur des intégristes islamistes dans le monde arabo-musulman. Les démocrates ne feront pas le poids.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 28 followers