Les résultats des stress tests appliqués aux banques européennes sont bons. Seules cinq banques espagnoles, une banque grecque et une allemande ont échoué à prouver leur capacité de résistance : 7 banques sur les 91 testées. Ces 91 banques représentent 65 % du total des actifs bancaires de l’UE et au moins la moitié des actifs bancaires dans chacun des 27 pays membres. La mise en cause de 7 banques sur 91, c’est beaucoup moins que les 10 banques américaines sur 19 contraintes à la recapitalisation en février 2009. Pourtant, les tests américains avaient été accusés d’être trop doux… Le Comité des régulateurs européens (CEBS) a annoncé qu’il manquait seulement 3,5 milliards d’euros à ces 7 établissements. Pas de quoi fouetter un chat. Mais, en réalité, ces stress tests sont bidonnés.

Les stress tests sont censés détecter les banques qui ne survivraient pas à une nouvelle crise afin de les obliger à se recapitaliser. Il s’agissait pour les banques européennes de prouver leur capacité à maintenir un ratio de fonds propres « Tier 1 » d’au moins 6 % d’ici à la fin 2011, dans des scénarios de crise plus ou moins sévères. Le « Tier 1 » est la partie la plus solide des capitaux propres des banques. Il mesure leur degré de capitalisation. Le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire recommande un ratio de 8%. La plupart des banques visent au moins 7 %. Le FMI avait émis des doutes sur la fiabilité des résultats avant leur publication. Mais, après publication, Dominique Strauss-Kahn, le patron du FMI, a salué les stress tests qui « ont marqué […] une étape importante en vue d’une transparence accrue et d’un soutien à la confiance des marchés ». Il voulait rassurer les marchés. C’était le but de ces stress tests. Mais les marchés sont restés assez indifférents car incrédules.

Les stress tests ont été basés sur trois scénarios plus ou moins hostiles : un scénario de base, un de récession et un autre intégrant de fortes pertes sur les emprunts d’État. Les taux de croissance retenus pour la zone euro, de – 0,2% en 2010 et – 0,6% en 2011, sont beaucoup trop optimistes pour un scénario noir. Les seuils de pertes potentielles sur les dettes souveraines (2,5% pour l’Italie, 5% pour l’Espagne, 8% pour le Portugal et l’Irlande et 17% pour la Grèce) manquent de rudesse. Ainsi, les 17% envisagés pour la Grèce sont très inférieurs aux 40% prévus par l’agence de notation Moody’s et la banque Citigroup. Aucune hypothèse n’intègre l’éventualité du défaut pur et simple de paiement d’un pays…
Autre lacune des stress tests : les procédures ne sont pas harmonisées entre les pays européens. Chaque banque effectue ses propres calculs qu’elle transmet à la banque centrale nationale qui les envoie à la Banque centrale européenne (BCE). Chaque banque centrale a sa propre définition des différents indicateurs. Cela permet aux États de sauver la face en choisissant des critères avantageux pour leurs banques. Ainsi, la banque centrale espagnole a autorisé les banques du pays à comptabiliser dans leurs capitaux propres les aides du fonds de secours espagnol. C’est une tromperie : ces aides ne sont que des prêts que les caisses d’épargne devront rembourser, à terme…

Les stress tests n’ont compté les pertes des dettes souveraines que sur le portefeuille de trading des banques et pas sur leur portefeuille bancaire. Cela ne livre pas d’informations sur les fameux actifs toxiques, liés au marché hypothécaire américain. On s’est bien gardé d’obliger les banques européennes à reconnaître leurs pertes sur ce marché. Alors, comment estimer leur capacité de résistance à un choc supplémentaire, lié aux dettes souveraines grecque, espagnole ou d’autres pays européens ?

Quatre banques françaises – BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole et BPCE (Banque populaire Caisse d’épargne) – ont passé et réussi les stress tests. Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a salué « une capacité de résistance très forte » des banques françaises. Christine Lagarde a déclaré : « C’est évidemment un sujet de satisfaction parce que ça signifie qu’elles vont pouvoir financer l’économie, les ménages, les entreprises, et que la défiance des marchés devrait maintenant disparaître ». Mais les marchés, il leur en faudra plus, eux qui ont dans le collimateur notre dette et nos déficits galopants.

Les bulles spéculatives n’ont pas fini d’éclater. Des krachs immobiliers sont à prévoir. À l’horizon se profile une série de krachs des obligations d’État. Nombreuses seront les banques qui vacilleront. L’opération cosmétique des stress tests et les déclarations enthousiastes des hauts responsables n’empêcheront pas cela.

La crise économique mondiale aura pris un tournant décisif quand les États auront fait faillite. La faillite d’une entreprise entraîne sa disparition. L’État en faillite ne disparaît pas. Mais les services qu’il assure se réduisent dramatiquement : justice et forces de l’ordre privées de moyens conséquents, armée aux effectifs restreints et à l’équipement en voie d’obsolescence, versement de pensions de retraites pitoyables, services sociaux qui périclitent…
Le surendettement des États occidentaux conduira la plupart d’entre eux à la faillite. Les politiques d’austérité qu’ils mettent en place ne suffiront pas : trop peu, trop tard. Les malheurs de l’État grec ont focalisé l’attention sur l’Europe du Sud – surtout le Portugal et l’Espagne – exposée à la « contamination ». Mais celle-ci atteindra aussi des pays de première importance, comme la Grande-Bretagne et les États-Unis.
Surendettée, la Grande-Bretagne cherche 200 milliards d’euros pour boucler son budget 2010. Elle est gouvernée par une coalition instable, ce qui n’est pas de nature à rassurer les marchés financiers. La Banque d’Angleterre achète en cachette des bons du Trésor (Gilts) pour en soutenir le cours. Tout cela va déboucher sur une crise de confiance. Un krach obligataire se produira et la livre sterling dégringolera.
La Grande-Bretagne entraînera dans sa chute les États-Unis, qui sont de très loin le premier émetteur de dettes souveraines. La reprise américaine est évanescente. La consommation et l’immobilier sont en plein marasme. Freddy Mac et Fanny Mae, ces quasi-monopoles fédéraux de prêts immobiliers qui avaient bénéficié d’un sauvetage de grande ampleur, perdent toujours de l’argent. Aussi le gouvernement continue-t-il à les financer. Nombreuses sont les collectivités locales (États fédérés, villes, comtés) qui licencient ou mettent leurs salariés en chômage technique partiel. Des coupes claires sont effectuées dans les programmes d’aide sociale, les services (prisons, police, pompiers…) sont réduits.
À un moment donné, la panique sur le marché des dettes souveraines se répandra comme une traînée de poudre, faisant plonger tous les États surendettés. Les masses seront alors en état de choc. Les États les avaient persuadées de leur toute-puissance en secourant les banques. Dans les États-providence, les transferts sociaux sont présentés comme des amortisseurs de la crise. Mais lorsque les États seront en banqueroute, l’angoisse s’emparera de la psyché collective : il n’y a plus de toit au-dessus de la maison… Il en résultera des chocs électoraux et des bouleversements sociopolitiques majeurs.

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