Hors contrôle et proche de son paroxysme, la crise économique dope les extrémismes et catalyse la Troisième Guerre mondiale comme la crise de 1929 le fit de la précédente. Déjà, les orages de la guerre tonnent du Sahel à la mer de Chine en passant par les Proche et Moyen Orients.

La guerre civile syrienne contamine les pays voisins. Tout près d’avoir l’arme atomique malgré l’embargo économique, l’Iran va au devant d’un bombardement israélo-américain. Il est l’épicentre d’un affrontement entre le chiisme, appuyé par la Russie et la Chine, et le sunnisme adossé aux pétromonarchies du Golfe, à la Turquie, à l’Occident. L’hégémonisme régional iranien y sombrera.

Aujourd’hui, le sunnisme fait cause commune avec l’Occident contre "l’arc chiite". Demain il se retournera ouvertement contre son grand allié sous l’impulsion de l’intégrisme religieux financé par les pétromonarchies du Golfe, qui aura accaparé les appareils d’Etat par les urnes ou la terreur. Le djihad sunnite se déploie déjà en Afrique, devenue une base arrière.

Le conflit islam-Occident happera le reste du monde. Une guerre indo-pakistanaise enflammera l’Asie. L’Occident et ses alliés, le Japon et l’Inde, affronteront la Chine et l’islam. La Russie pourrait quitter le camp antioccidental pour bâtir une forteresse continentale avec l’Europe. C’est un enjeu vital pour celle-ci, qui brade ses budgets militaires alors que les forces américaines s’éloignent vers le Pacifique.

Un terrorisme à fort pouvoir destructeur adossé aux appareils d’Etat et l’emploi d’armes de destruction massive caractériseront la Troisième Guerre mondiale.

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Les pays émergents du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) sont en train de rejoindre l’Occident dans la crise. La théorie, jusque-là très en vogue, du « découplage » entre Occident et BRIC (celui-ci étant censé remplacer celui-là comme locomotive de l’économie mondiale) montre son inanité.

Espagne : un tournant pour la « Vieille Europe »

L’Europe s’enfonce dans la crise. Comme je l’explique dans mon dernier ouvrage, « De la crise à la guerre, la faillite des élites » (éditions Jean-Cyrille Godefroy), le point de non retour de la crise systémique a été dépassé : arrivant beaucoup trop tard, l’austérité ne fait qu’accélérer la chute.
Les remises de dettes et injections de liquidité accordées à la Grèce ne l’empêchent pas d’asphyxier sous les plans d’austérité qui en sont la contrepartie. Son PIB a diminué de 6,9% en 2011. Ce sera pire en 2012 (sa cinquième année de récession), vu la baisse des salaires, la paralysie de la consommation, la crise politique…
L’Europe arrive à un tournant, avec l’entrée en récession de sa quatrième économie, l’Espagne : un chômage à 24,4% ; une consommation mourante ; un système bancaire ruiné par l’éclatement de la bulle immobilière. L’Espagne emprunte à des taux d’intérêt de plus en plus élevés (plus de 6% pour les emprunts à 5 ans). L’Eurogroupe consent aux banques espagnoles une aide jusqu’à 100 milliards d’euros, lesquels pèseront sur l’endettement des pays bailleurs de fonds…
La crise s’étend : le Portugal va mal, l’Italie aussi. La France est menacée. L’Eurogroupe, c’est-à-dire in fine l’Allemagne, ne pourra pas renflouer tous ces pays. Une Allemagne qui, elle-même, commence à faiblir à cause de l’affaissement de la demande européenne, qui draine 60% de ses exportations : la production industrielle allemande a reculé de 2,2% en avril. Le baromètre du centre de recherche ZEW indique que le moral des investisseurs a plongé en juin, à -16,9 points, contre 10,8 points en mai.

Économies anglo-saxonnes en crise

Le Royaume-Uni est un cas exemplaire. Étant hors de la zone euro, il ne subit pas le handicap d’une monnaie trop forte : il a laissé filer la livre sterling pour stimuler ses exportations. Et il s’est tourné vers une politique d’austérité draconienne. Cet arsenal ne l’a pas empêché d’entrer en récession à son tour : croissance négative de 0,3% au dernier trimestre 2011 et de 0,2% au premier trimestre 2012. Gageons que le deuxième trimestre sera du même tonneau. Fin 2009, il était sorti de cinq trimestres consécutifs de récession. Il est en pleine rechute…
Les États-Unis emboîtent le pas au Royaume-Uni vers le précipice. Le chômage tend à remonter. En avril, les commandes de biens durables ont augmenté de seulement 0,2% en avril, bien moins que prévu. L’indice de confiance des consommateurs publié par l’université du Michigan montre une démoralisation des ménages : après s’être hissé en mai à son plus haut niveau depuis 2007 (9 mois consécutifs de hausse), cet indice a reculé de 5,2 points à 74,1, alors que les analystes prévoyaient 77. La dette publique américaine dépasse 15 000 milliards de dollars, le déficit, 1000 milliards. Il faut presque 3 dollars supplémentaires d’endettement pour générer un dollar de croissance.
Jeffrey Lacker, l’un des dirigeants de la Réserve fédérale, la banque centrale américaine, a annoncé publiquement son désaccord avec les dernières mesures de relance prises par cette institution : « Les perspectives de croissance économique se sont à l’évidence détériorées depuis quelques semaines, mais on voit bien que la politique monétaire n’a pas la capacité de compenser les effets des facteurs qui entravent la croissance ». Les injections de liquidités ne redynamisent plus l’économie américaine, elles ne font que stimuler les bulles spéculatives.

Le BRIC plombé par le marasme occidental

Les pays du BRIC, fortement exportateurs, subissent le contrecoup de la diminution de la demande occidentale. À commencer par la Chine, dont les exportations s’effondrent. Le produit intérieur brut (PIB) n’a progressé que de 8,1% au premier trimestre, son niveau le plus bas depuis près de trois ans. Sa croissance annuelle qui, depuis 30 ans, caracolait à 10%, est annoncée à 8,2% pour 2012 par la Banque mondiale. Au-dessous de 8%, pourraient se déclencher de graves troubles sociaux. L’indice PMI des directeurs d’achat publié par la Fédération chinoise de la logistique et des achats (CFLP) était de 50,4 en mai, 3 points de moins qu’en avril. C’est un recul brutal. Or le secteur manufacturier représente près de 30% du PIB. Cela annonce un coût d’arrêt de l’économie chinoise. C’est pourquoi, pour la première fois depuis fin 2008, Pékin diminue ses taux d’intérêt pour relancer l’économie. Mais l’immense bulle immobilière chinoise menace d’éclater, ce qui désintégrerait un système bancaire farci de créances douteuses. La Chine s’achemine vers un collapsus économique.
L’Inde suit le même chemin que la Chine. Alors qu’elle avait depuis plusieurs années une croissance à 9%, elle n’a progressé que de 5,3 % au premier trimestre 2012 (son plus faible score trimestriel depuis 2002-2003), quand les analystes prévoyaient 6,1 %. Sur la même période, son secteur industriel s’est contracté de 0,3 %.
Même itinéraire pour le Brésil : il tempère sa prévision de croissance à 4,5% pour 2012, et vitupère contre les Européens et les Américains qui « dévaluent ». L’inquiétude le gagne…
La Russie profite de sa rente pétrolière. Mais la diminution du cours du baril (le brut tourne autour de 80 dollars) menace son économie, très dépendante de ses exportations d’hydrocarbures parce que faiblement diversifiée. Elle considère avec angoisse l’essor de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis.

La réaction très brutale de la Turquie au vote par le Sénat, lundi dernier, de la proposition de loi de la députée UMP Valérie Boyer (auparavant adoptée par l’Assemblée nationale) montre que le gouvernement turc devient ouvertement antioccidental. La loi Boyer pénalise la négation de tout génocide. Les Turcs se sentent visés parce que, parmi les génocides, figure celui des Arméniens par l’Empire ottoman en 1915 (1,5 million de morts). Ankara s’obstine à nier son existence. En 2001, le Parlement français avait voté une loi reconnaissant le génocide arménien, mais sans en pénaliser les négationnistes.
La loi Boyer doit être ratifiée par le président Sarkozy. La Turquie a menacé de réduire les relations diplomatiques avec Paris au niveau des chargés d’affaires, d’exercer des représailles économiques et d’interdire son espace aérien et ses eaux territoriales à l’armée française, bien que les deux pays soient membres de l’OTAN.
Chaque année, malgré la crise, la France verse à la Turquie près de 130 millions d’euros en vue de son adhésion à l’Union européenne (UE), soit près de 900 millions sur sept ans (2007-2013). La Turquie, elle, occupe depuis 1974 la partie nord de Chypre, qui est un pays de l’UE…

La Turquie rejette les valeurs humanistes

La prise de position du gouvernement turc vis-à-vis de la loi Boyer témoigne d’un rejet des valeurs humanistes de la France et de l’UE. Appuyé sur l’AKP (le parti pour la Justice et le Développement), majoritaire depuis 2002, qui se dit islamiste « modéré », il multiplie les manifestations d’hostilité à l’Occident. La détérioration des relations de la Turquie avec Israël s’inscrit dans ce contexte.
La politique intérieure est à l’unisson : le gouvernement turc réprime de plus en plus sévèrement les oppositions kémaliste (partisane de la laïcité) et kurde. Depuis deux ou trois ans, il étouffe les libertés publiques et suborne la justice. Il muselle la presse : au moins 96 journalistes sont incarcérés en Turquie, qui occupe le 138ème au classement de Reporters Sans Frontières 2011. Il laisse se développer les persécutions antichrétiennes. Tout cela dans un contexte de forte croissance économique (à deux chiffres pour 2011).

Le choc des civilisations

Cette évolution accrédite la thèse du politologue américain Samuel Huntington (1927-2008) sur le « Choc des civilisations ». Le professeur Huntington estimait que, par sa position géographique au carrefour de trois continents, sa population (76 millions d’habitants), sa puissance économique et militaire, son appartenance au courant majoritaire de l’islam (le sunnisme), son passé impérial ottoman, la Turquie avait vocation à devenir « l’État phare » de la civilisation musulmane. Premier ministre depuis mars 2003, Erdogan lui en fait prendre le chemin de façon très habile. Il est conforté par des succès électoraux grandissants : l’AKP a remporté 34,3% des voix aux législatives de 2002, 46,6% à celles de 2007 et 49,9% à celles de 2011 (avec une participation de 84% pour ces dernières). Réussite économique et islamisme : voilà la combinaison gagnante d’Erdogan.

Erdogan, un génie politique au service du Califat

En avril 2005 dans mon livre sur la Turquie intitulé  "10 questions sur la Turquie et 10 réponses qui dérangent", j’écrivais ceci : "Sous la poigne d’un génie politique, Mustapha Kemal Atatürk, la Turquie fut au 20ème siècle le pays leader de la laïcité dans le monde musulman. Conduite par un autre homme d’exception, le charismatique Premier ministre islamiste Recep Tayyip Erdogan, elle tourne le dos à la laïcité kémaliste pour renouer avec son identité musulmane multiséculaire. Erdogan est un génie visionnaire, qui fait de l’intégration de la Turquie à l’Europe le levier pour balayer les derniers obstacles à la réislamisation de son pays. Le but ultime d’Erdogan : le rétablissement du califat, institution politico-religieuse surplombant la Oumma (la communauté des croyants), abolie par Kemal Atatürk en 1924.

Depuis 2005, Erdogan a beaucoup fait progresser la réislamisation de la Turquie,  pendant que Washington et Bruxelles obligeaient l’armée turque, traditionnellement gardienne de la laïcité kémaliste, à renoncer à le renverser par un putsch. Maintenant que l’armée est neutralisée, Erdogan dévoile ses canons : il secoue de plus en plus la tutelle occidentale. L’intégration de la Turquie à l’UE ? Il sait qu’elle est impossible, parce que les peuples européens n’en veulent pas, au contraire de l’oligarchie financière qui les gouverne encore. La procédure, non aboutie, d’intégration à l’UE ayant rempli son office – empêcher  l’armée de sortir de ses casernes – il poursuit sans entraves son seul et unique but : faire de la Turquie l’État phare de l’islam.

Au sommet du G20, à Toronto, en juin dernier, Barak Obama avait reproché à Angela Merckel d’entraîner l’Europe dans l’austérité, et de freiner ainsi la reprise économique mondiale : le président américain prônait la poursuite de la relance par la dette souveraine.
Mais les résultats de cette politique de relance sont décevants. L’économie américaine ne reverdit pas vraiment : la consommation est atone, le chômage n’est pas endigué. Et la croissance patine : l’OCDE l’annonce à 1,4% au quatrième trimestre (contre 2% au troisième, 1,6% au deuxième et 3,7% au premier).
Ben Bernanke, le patron de la Fed, est gagné par l’inquiétude. Il a déclaré, fin août, au symposium annuel – particulièrement morose cette fois-ci – organisé par la Fed à Jackson Hole, dans le Wyoming : "Le comité (de politique monétaire) est prêt à mettre en œuvre un assouplissement monétaire supplémentaire par le biais de mesures non conventionnelles si cela s’avère nécessaire, notamment si les perspectives devaient se détériorer sensiblement". Bernanke compte donc essayer de booster à nouveau la croissance par de l’argent public.
Mais, loin de se cantonner aux enceintes des réunions internationales, le débat sur la relance par la dette souveraine arrive sur le devant de la scène politique américaine. L’opinion s’émeut de l’emballement de la dette publique, qui a dépassé les 13 000 milliards de dollars (88% du PIB). Les contribuables américains ont le sentiment d’avoir payé les dettes des grandes banques du pays (puisqu’elles ont été sauvées par l’argent public) sans que leur sort, à eux, en soit adouci. Ils se sentent floués et angoissés. La commission sur le déficit mise en place par le président Obama fera connaître ses conclusions en décembre : de quoi attiser une colère montante dont témoigne l’essor du mouvement « Tea Party », qui instruit le procès de l’Etat fédéral, de la fed et des grandes banques.
Il faudra bien que la Fed et le gouvernement fédéral s’y mettent, à l’austérité. Déjà, les États fédérés et les villes ont commencé : réduction de personnels, de services publics, de transferts sociaux… Les consommateurs américains eux-mêmes la pratiquent désormais : eux qui étaient drogués à la carte de crédit, n’étaient plus que 56% à l’utiliser en 2009 contre 87% en 2007. Les élections de mi-mandat en novembre installeront au Congrès une nouvelle majorité, allergique aux déficits publics : Obama devra en tenir compte.
Il faudra aussi tenir compte des banques centrales étrangères (Chine, Euroland) qui se cabrent de plus en plus à l’idée de financer un nouveau cycle de relance par la dette publique américaine. Ainsi, la banque centrale chinoise diversifie discrètement ses avoirs en devises en acquérant des euros…
L’austérité aux USA aura des répercussions sur le commerce international : l’Europe et les pays émergents, dont la Chine, verront leurs débouchés à l’exportation se réduire. Tout cela sonne le glas de la reprise économique mondiale…

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