Le vrai visage de la Turquie d’Erdogan, c’est celui du totalitarisme islamiste. Les hackers ont « défacé » le site Internet de mon éditeur, Jean-Cyrille Godefroy, en insérant dans certaines pages un texte en turc, accompagné de deux photos de propagande (reproduction ci-dessous). Sur la photo de gauche, surplombant le drapeau turc, le Premier ministre Recep Tayipp Erdogan et son épouse, coiffée du foulard islamique, tiennent des enfants noirs dans leurs bras : une image empreinte d’humanisme. Au contraire, sur la photo de droite, deux soldats brandissent chacun une tête coupée alors qu’un drapeau français dont la partie rouge éclabousse la bande blanche figure dans le coin inférieur droit : ces soldats sont censés être français. Il est fait mention, en turc, de la répression menée par la France en Algérie en réponse aux sanglantes émeutes du 8 mai 1945. « SARKO », en bleu-blanc-rouge, désigne notre président de la République à la vindicte islamo-turque.

Les hackers ont appliqué ce procédé à tous mes essais dont le dernier en date, "De la crise à la guerre"(octobre 2011) et bien sûr "10 questions sur la Turquie et 10 réponses qui dérangent" (2005). Ils s’en sont pris aussi à d’autres ouvrages des éditions Jean-Cyrille Godefroy ayant un rapport avec la géopolitique, tels « Eurabia » de Bat Ye’or et « Frères musulmans dans l’ombre d’Al-Qaeda » d’Emmanuel Razavi.

La Turquie continue à nier le génocide arménien

Ce piratage s’inscrit dans la campagne de sabotage de sites Internet déclenchée par les Turcs à la suite du vote par l’Assemblée nationale de la proposition de loi de Valérie Boyer, député UMP des Bouches-du-Rhône, pénalisant la négation de tout génocide. Donc du génocide arménien de 1915 qui fit 1,5 million de morts. Parmi les sites piratés, celui de Valérie Boyer, qui a été injuriée et menacée de viol et de mort sur ses réseaux sociaux. Ses enfants et ses parents ont également été menacés. Dimanche dernier, le site Internet du Sénat, qui devra se prononcer à son tour sur cette loi, a été paralysé. Dans la page des commentaires de son blog, le hacker turc Iskorpitx a revendiqué le piratage du site du Sénat. Iskorpitx s’est rendu célèbre dans son pays pour avoir piraté un demi-million de sites Internet. Il n’a pu le faire qu’avec l’assentiment du gouvernement Erdogan, sans quoi il aurait vite été neutralisé par les services secrets turcs. Il en va de même pour ses actions de piratage en France.

Les Akincilar attaquent la France

Iskorpitx se dit proche du groupe islamo-nationaliste de hackers turcs qui se fait appeler Akincilar, du nom de la cavalerie légère ottomane. Le 21 décembre, le leader de ce groupe a lancé un mot d’ordre depuis Konya, en Turquie : « Une seule cible : la France ». En novembre dernier, Akincilar a revendiqué le piratage du site de « Charlie Hebdo », survenu au même moment que l’incendie probablement criminel des locaux de l’hebdomadaire satirique. Akincilar avait laissé un message dénonçant l’irrespect à l’égard de Mahomet dont a fait preuve le numéro spécial « Charia Hebdo » consacré aux intégristes islamistes.
Les Akincilar sont basés sur le territoire turc. Ils y opèrent en toute impunité. Début 2011, ils avaient bloqué le site de "Penguen", un hebdo satirique turc tournant la religion en dérision. Ils n’ont pas été poursuivis. C’est "Pengen" qui a eu des ennuis : une cour d’Istanbul a ouvert une procédure contre ce journal. Le gouvernement Erdogan soutient les Akincilar, qui sont des extrémistes islamistes, tandis qu’il réprime les tenants de la laïcité kémaliste.

Le gouvernement Erdogan soutient les hackers islamo-nationalistes

Il est évident que les services secrets turcs, riches en moyens humains et matériels, sont en mesure de mettre un terme aux agissements d’Akincilar. Et à ceux d’autres groupes de hackers turcs, qui sévissent aussi en France : par exemple Grayhatz, qui a revendiqué le détournement du site de Valérie Boyer. Ou bien Millikuvvetler, qui a revendiqué le piratage d’une centaine de sites Web. En fait, les services turcs les encadrent. C’est ainsi qu’en 2010 Akincilar avait revendiqué de nombreuses offensives contre des sites israéliens après l’assaut donné par Tsahal contre la flottille de Gaza. Les services turcs manipulaient cette expédition navale destinée à briser le blocus de la bande de Gaza. Ils exacerbèrent la violence lors de l’interception par l’armée israélienne.

Le mythe de l’islamisme "modéré" d’Erdogan

La proposition de loi de Valérie Boyer a provoqué une grave crise diplomatique avec la Turquie. L’intransigeance de cette dernière devrait faire réfléchir les Européens, de moins en moins nombreux il est vrai, qui souhaitent l’intégration de la Turquie à l’Union européenne, dont elle occupe la moitié d’un pays membre : Chypre. Et qui voient en Erdogan l’incarnation de l’islamisme « modéré ». Le Premier ministre turc s’est voué à un grand dessein : réislamiser la Turquie et restaurer le califat ottoman aboli par Kemal Atatürk en 1924.

Les commentateurs occidentaux parient volontiers sur la victoire des démocrates contre les islamistes, en Égypte comme dans le reste du monde arabo-musulman qui entre en convulsions. Dans un premier temps, il n’y aura pas d’opposition marquée entre islamistes et démocrates. Les islamistes réclament des élections libres, en Égypte comme dans tous les pays musulmans où ils sont aux prises avec des régimes dits « pro-occidentaux ». Ils savent que, chaque fois que des élections sont organisées dans un pays musulman en les laissant tenter leur chance, ils remportent de grands succès, à quelques exceptions près qui confirment la règle. Le premier coup de tonnerre électoral des islamistes retentit en Algérie en 1990, avec le Front islamique du salut (FIS) qui remporta les élections locales avec 54 % des voix. En 1991, le FIS remporta le premier tour des élections à l’assemblée nationale algérienne avec 231 sièges sur 430. Le gouvernement algérien annula les élections par un coup d’État militaire, anticipant une victoire du FIS et craignant que ce dernier instaure une république islamique. Immédiatement, les islamistes commencèrent une lutte armée contre le gouvernement et ses partisans.
En Irak, les Américains en décidèrent autrement : les élections de 2005 ont ouvert les allées du pouvoir aux partis religieux. Devenus partis de gouvernement par les voies démocratiques ouvertes par la coalition, ils ont entrepris d’installer la charia (la loi islamique) dans le pays : fermeture des débits de boissons, extension du pot du voile, érosion des droits des femmes en matière de divorce et de succession, persécution des minorités chrétiennes… Les totalitarismes se tapissent volontiers dans les fourgons de la démocratie pour accéder au pouvoir. Hitler fut d’abord plébiscité par le peuple allemand. De l’Atlantique au Pacifique, les islamistes veulent des élections libres quand ils sont confrontés à des gouvernements qui leurs sont plus ou moins hostiles.

L’islam n’admet pas la séparation du Politique et du Religieux

On cite volontiers l’AKP (le Parti pour la justice et le développement) au pouvoir en Turquie depuis 2002, comme parti islamiste jouant le jeu démocratique. Certes, il le joue ! Recep Tayyip Erdogan, qui est un génie politique, utilise les « critères de Copenhague », c’est-à-dire le processus de démocratisation imposé par Bruxelles aux pays candidats à l’intégration dans l’Union européenne, pour éradiquer le pouvoir politique de l’armée, gardienne de la laïcité kémaliste. À quelle fin ? Réislamiser la Turquie, ce qui signifie abolir la (relative) séparation du Politique et du Religieux instituée par le despote éclairé Kemal Atatürk au sortir de la Première Guerre mondiale. Erdogan est en passe d’y arriver, appuyé qu’il est par la jobardise occidentale.
Les Occidentaux ne savent pas que tout parti fondamentaliste islamique est fidèle à un dogme central de la théologie musulmane, chiite comme sunnite : le Politique et le Religieux ne doivent faire qu’un. Pas de sphère privée. Pas de ces libertés publiques inhérentes à la démocratie occidentale : liberté de culte, d’association, habeas corpus… La taqqyia (mensonge) fait partie des stratagèmes préconisés par les textes religieux pour parvenir à faire triompher l’islam. Aucune réforme de fond de la théologie musulmane n’a remis en question l’interdiction de séparer le Politique et le Religieux. C’est pourquoi mettre dans la même catégorie les chrétiens-démocrates (« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César », disent les Évangiles) et les islamo-démocrates relève d’une méconnaissance totale des corpus doctrinaux de l’islam, quand ce n’est pas d’un souci de masquer la réalité.
La démocratie, les islamistes savent s’en servir pour arriver au pouvoir. En Égypte, les Frères musulmans avancent à pas feutrés, soucieux de ne pas effrayer : la révolution bourgeoise remplit très bien son office en détrônant Moubarak. Ils sauront lui confisquer le pouvoir, le moment venu.
Cela donnera un affrontement entre démocrates épris de liberté et islamistes ? Ce sera le pot de terre contre le pot de fer. Les plus féroces l’emporteront par la terreur. Ce ne sera pas les démocrates, peu enclins à la violence et désarmés par l’Occident droit-de-l’hommiste. En outre, l’armée, majoritairement composée d’appelés, est de plus en plus infiltrée par les islamistes.

La crise économique, meilleure alliée des islamistes

Les révolutions arabo-musulmanes arrivent en pleine crise économique. Elles en sont, en partie, la conséquence : hausse des prix alimentaires, chômage… La crise économique entre dans une deuxième phase : la faillite des États surendettés. Il est vain d’anticiper l’avenir de l’intégrisme islamiste en le découplant des développements à venir de la crise économique. C’est pourtant ce que font la plupart des spécialistes du monde musulman, généralement dépourvus de culture économique, ou bien tributaires d’analyses économiques erronées. On ne saurait bien prévoir sans interdisciplinarité.
La crise systémique qui affecte l’économie mondiale la mène vers de nouveaux abîmes. Ce sera un facteur décisif pour faire pencher la balance en faveur des intégristes islamistes dans le monde arabo-musulman. Les démocrates ne feront pas le poids.

La révolte égyptienne s’amplifie. Les ardeurs répressives de Moubarak sont réfrénées par ses soutiens occidentaux, dont Washington, son premier bailleur de fonds. Rien n’arrêtera donc la révolte populaire.
En juin dernier, des manifestations de grande ampleur secouaient l’Iran à la suite de la réélection du président Ahmadinejad. Les médias occidentaux célébraient le printemps de la démocratie iranienne. Mais, contrairement à leurs prévisions, le régime des mollahs vint à bout de la révolte par la terreur : enlèvement des meneurs à 6 heures du matin chez eux, suivi de viols, tortures et exécutions à grande échelle en prison. Le régime des mollahs n’avait aucun compte à rendre aux Occidentaux… Celui de Moubarak, oui. La répression ne semble pas se porter aux extrêmes : elle a fait à ce jour près d’une centaine de morts, ce qui n’est pas énorme pour un pays de 80 millions d’habitants entré en convulsions.
Aussi la révolte perdure-t-elle. Moubarak semble en sursis. Il a nommé un vice-président, le général Omar Souleiman, et il a chargé un autre général, Ahmed Chafik, de former un nouveau gouvernement : des mesures cosmétiques. Les Frères musulmans (islamistes) scrutent l’évolution des évènements pour tirer les marrons du feu, plus tard. Pour l’instant, ils se font discrets. L’armée étant majoritairement composée d’appelés, ils l’infiltrent depuis longtemps. Les officiers eux-mêmes passent de plus en plus sous leur influence. Déjà, en 1981, Sadate tombait sous leurs balles et grenades.
L’Égypte est donc vouée à être gouvernée par les islamistes dans les prochaines années, à la faveur de la crise économique. À qui le tour ? L’Algérie ? La Jordanie ? L’ Arabie Saoudite ?
Nombreux sont les commentateurs occidentaux qui parlent de "printemps des peuples" arabo-musulmans, comme il y eut un printemps des peuples européens en 1848. Ils entendent par là qu’un printemps des démocraties succède à l’hiver des despotismes. Oui, il y a un printemps des peuples arabo-musulmans, mais il sera suivi d’un été islamiste…

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