L’oligarchie financière qui gouverne l’Occident depuis plusieurs décennies a fait croire que la crise était imprévisible. Faux : des experts l’avaient annoncée, certains depuis plus de dix ans. Ils avaient les bons outils d’analyse. La crise entre dans sa phase la plus aiguë avec la « faillite » en série des
États, qui se répercute sur les grandes banques et l’économie réelle. À son paroxysme, elle sera pire que celle de 1929 et provoquera la chute de l’oligarchie financière. À l’échelle planétaire, la guerre et la paix dépendent du climat économique. La crise de 1929 entraîna la montée du nazisme et la
Deuxième Guerre mondiale. La crise d’aujourd’hui, en minant le printemps démocratique arabe par une paupérisation qui fera le jeu des extrémismes, mènera à la Troisième Guerre mondiale. Celle-ci opposera l’Occident et ses alliés, le Japon et l’Inde, à l’Islam et à la Chine, en un cocktail de guerres civiles, interethniques et interétatiques, enrichi de terrorisme et d’armes de destruction massive. Les peuples européens devront prendre en main leur défense. Quel camp la Russie choisira-telle ?
À la mondialisation économique aura succédé le chaos mondial.

Couverture du livre De la grise à la guerre, la faillite des élites

DSK a-t-il commis un viol ou bien a-t-il été victime d’une manipulation ? Les enquêtes en cours répondront peut-être de façon irréfutable à cette question. Quoiqu’il en soit, la chute brutale de DSK revêt une portée symbolique. Il apparaissait comme un « sauveur du monde », un superman ayant tenu en respect la crise économique et préservé l’humanité d’un nouveau 1929. Il partageait ce titre de gloire avec quelques autres décideurs de premier plan, dont le président américain Barack Obama, Ben Bernanke, le patron de la Federal Reserve Bank et, subsidiairement, la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Nicolas Sarkozy ou le Premier ministre britannique David Cameron.

Le demi-dieu DSK

En France, DSK faisait figure de demi dieu. Son étoile brillait au firmament des sondages. Il était considéré comme le futur candidat du PS à la présidentielle de 2010 et l’obstacle majeur à la réélection de Nicolas Sarkozy. Son prestige reposait sur un charisme certain, une réputation de grande compétence et l’impression qu’il donnait d’avoir fait la synthèse entre le socialisme et le capitalisme. Il était le dirigeant du FMI mais il semblait se soucier des pauvres, lui qui poussait pour rallonger les aides aux pays en perdition comme la Grèce.

Quand l’économie américaine sombrera

Le scandale qui a fait choir DSK n’a fait qu’anticiper, très brutalement, ce qui l’attendait dans les prochains mois. Le prestige de DSK était en sursis, au diapason de la reprise économique illusoire due aux relances budgétaires et monétaires (« quantitative easing »1 et 2 aux USA) destinées à faire repartir la consommation et à redynamiser ainsi l’économie mondiale. La manœuvre a échoué. La consommation de masse n’a pas retrouvé son rythme d’antan, et ces flots monétaires sont allés gonfler des bulles spéculatives (immobilier, matières premières…). L’économie réelle ne reprend pas de couleurs, l’économie spéculative prospère. La croissance mondiale donne des signes d’essoufflement : selon la Coface, elle devrait ralentir à 3,2% en 2011 contre 4% en 2010, « sous les effets conjugués des récents événements au Japon, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, mais aussi du désendettement du secteur privé, de la mise en place de politiques budgétaires restrictives en Europe, l’augmentation des prix du pétrole de 25 % et, enfin, du ralentissement attendu du commerce mondial. »
Ce que ne dit pas la Coface, c’est que les banques centrales achètent discrètement de l’or et se défont de leurs Bons du Trésor américains. Le « quantitative easing » 2 arrive à échéance en juin, et il n’y aura sans doute pas de Q3, vu les levées de boucliers de l’opposition républicaine aux USA. Et aussi des banquiers centraux du reste du monde. Ceux-ci sont paniqués par l’inflation générée par les flots de liquidités de la Banque centrale américaine. Pour endiguer cette inflation, ils remontent leurs taux d’intérêt, étouffant des économies à la santé précaire. Quant à l’économie américaine, sans ses piqures de liquidités créées ex-nihilo, elle sera en manque, comme un drogué privé de sa drogue. La consommation, moteur de la croissance américaine, périclitera.

Le contrecoup sur les pays émergents

La Coface évoque un effet de ciseau des risques entre les pays avancés et les pays émergents : ceux-ci, « grands gagnants de la crise », devraient connaître, en 2011, un taux de croissance de 5,6 % contre 1,7 % pour les pays avancés. Grands gagnants de la crise, les pays émergents le sont pour l’instant. Mais cela ne durera pas : quand la consommation américaine entrera en léthargie, tandis que celle des Européens ralentira aussi, ils verront se réduire comme peau de chagrin leurs débouchés à l’exportation. Ils sombreront à leur tour. D’autant que l’éclatement prévisible de la bulle spéculative sur les matières premières, faisant chuter les prix de ces dernières, portera un grave préjudice à ceux des pays émergents qui en sont de grands exportateurs. Tout cela se déroulera sur fond de crise monétaire. En tant que monnaie de référence, le dollar est en train de naufrager.
À ce stade, la mondialisation aura du plomb dans l’aile. Les « sauveurs » d’aujourd’hui seront tous voués aux gémonies…

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